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« L'Océan des merveilles » est une exploration non linéaire du deuil, emballée dans l'enveloppe d'une quête chaotique. Un drame existentiel intense sur le fait que même dans l'abîme, la seule ancre pour l'homme reste la sensibilité de l'autre. Il a é...

Un dessin incroyable et une discussion honnête sur les problèmes de la société de consommation. « L'Océan des merveilles » de Tian Xiaopeng est une toile visuelle complexe qui exige du spectateur un engagement émotionnel et une disposition à une analyse psychologique profonde. Analysons en quoi la version chinoise de « Alice au pays des merveilles » est pertinente et pourquoi il ne faut pas interpréter le film de manière trop univoque.

Shenxiu manque terriblement à sa mère, qui a quitté la famille après le divorce. Son père et sa belle-mère, absorbés par les soins du plus jeune enfant, ne remarquent pas du tout son chagrin. Le jour de l'anniversaire de la fille, la famille part en croisière en mer. Le soir, une violente tempête éclate et Shenxiu est emportée par-dessus bord, où elle rencontre une créature mystérieuse. Pensant qu'elle lui montrera le chemin vers sa mère, la fille tombe dans un monde magique grouillant d'habitants étonnants. Pour sauver son nouvel ami et rentrer chez elle, elle devra surmonter de nombreux dangers.

Révolution visuelle : encre numérique et impressionnisme

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Image du film d'animation « L'Océan des merveilles »

La première chose qui frappe en regardant le film, c'est le graphisme étonnamment fluide aux textures scintillantes. L'animation chinoise fait un pas vers le radicalisme visuel, transformant l'écran en une toile vibrante d'impressionniste. La technologie utilisée par les auteurs peut être décrite comme une « peinture 3D par particules ». C'est une variabilité visuelle rappelant la peinture à l'encre chinoise traditionnelle shui-mo, mais transposée dans un espace tridimensionnel. Le comportement d'une goutte de couleur dans l'eau, sa fragmentation et son flou ont sans aucun doute servi de source d'inspiration aux animateurs.

Dans l'instabilité des couleurs de « L'Océan des merveilles », on peut discerner les toiles des impressionnistes, les taches d'huile sur l'asphalte, les reflets des bulles de savon, du kaléidoscope et des vitraux. Une telle abondance fascine et divise clairement le monde en deux pôles : le monde réel, morne et gris, et le monde marin, hyperboliquement émotionnel. Cependant, après le visionnage, un léger vertige apparaît souvent. Le spectateur a l'impression d'avoir été sorti d'une machine à laver, où il y avait une abondance fascinante de couleurs, mais aussi beaucoup de déclencheurs sensoriels. Cette sensation de saturation est une technique délibérée : le monde de l'héroïne principale est instable, il se désintègre littéralement en particules.

Psychologie de la perte et de la guérison

L'Océan des merveilles
Image du film d'animation « L'Océan des merveilles »

Une voix aimée dans l'obscurité, appelant dans une tempête de neige au sommet des émotions, accroche instantanément le cœur du spectateur. Dans les contours de la silhouette fuyante de la mère, chacun verra sa propre personne, sa propre perte. L'héroïne principale, une fille nommée Shenxiu, ressent intensément la présence de sa mère qui a autrefois abandonné la famille. Ainsi, outre le thème de la perte d'un être cher, « L'Océan des merveilles » devient une étude approfondie du traumatisme infantile et un recueil de « mauvais conseils » métaphoriques sur le comportement des adultes après un divorce.

Le père de la fille, qui vit le départ de sa femme tout aussi intensément, choisit une stratégie de refoulement. Il se renferme sur lui-même, fonde une nouvelle famille et ignore toute marque d'attention de la part de sa fille aînée. Dans ce système de coordonnées, Shenxiu devient un « enfant invisible ». Le film peut être lu comme une réflexion douloureuse d'un enfant sur la façon de retrouver l'attention parentale : soit accomplir un exploit, soit disparaître.

Shenxiu est définie comme un personnage excessivement passif, presque dépressif. Sa détermination n'augmente que dans le dernier tiers du film, lorsque la confiance en soi devient une question de survie pour elle et son nouvel ami. Jusqu'à ce moment, l'héroïne ressemble plutôt à une méduse à peine vivante, se laissant porter par les vagues de la mer dans n'importe quelle direction. Cette passivité est le reflet exact de l'apathie qui accompagne un deuil profond.

Pourquoi ce n'est pas comme Ghibli

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Image du film d'animation « L'Océan des merveilles »

Beaucoup s'empressent de comparer « L'Océan des merveilles » aux œuvres du studio Ghibli et . À première vue, il y a des similitudes : une petite fille dans un monde d'esprits, un restaurant étrange, un assistant magique. Cependant, une telle comparaison est injuste. Ici, les méthodes de production (Miyazaki est le triomphe de la tradition 2D, Tian Xiaopeng est le chaos technologique du futur) et les messages fondamentaux diffèrent fondamentalement.

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Dans le film, on remarque une manière asiatique hyperbolisée de se comporter des personnages, où les gestes saccadés, l'excentricité et les cris deviennent la marque de fabrique. Le film d'animation chinois parle au spectateur de manière allégorique, essayant de suggérer le principal rebondissement dès les premières minutes. Si chez Miyazaki le monde des esprits est une réalité parallèle existante, dans « L'Océan des merveilles », c'est plutôt le paysage d'une âme tourmentée.

Comment fonctionne le monde sous-marin et pourquoi il a plus en commun avec le nôtre qu'il n'y paraît

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Image du film d'animation « L'Océan des merveilles »

La fille franchit une étape métaphorique importante lorsqu'elle se lance à la recherche de sa mère. Mais en même temps, elle perd son sweat-shirt, le seul objet matériel qui la relie au passé. La perte de l'« ancre » physique dans la tentative de trouver un soutien intérieur devient un moment clé dans le développement de l'héroïne. Parfois, l'obsession de Shenxiu ressemble à une obsession, un but en soi frôlant la folie, mais compte tenu du contexte d'amour rare dans sa vie, le spectateur est prêt à le pardonner.

La structure du monde allégorique est intéressante : il y a beaucoup plus de structure que dans la réalité. Il y a une masse grise, prédatrice, éternellement affamée, le « Fantôme rouge », qui incarne les peurs et l'attachement étouffant. De l'autre côté du spectre du monde magique se trouve le restaurant « L'Océan des merveilles » et ses clients-poissons. Il semble que l'image du « consommateur », enclin à la surconsommation infinie, soit particulièrement proche de la problématique chinoise. Les clients ici sont des monstres capricieux et collants, exigeant des plaisirs.

Le personnel, dirigé par Nanhe, un trickster, propriétaire du restaurant, leur fait face. Il est vivant, énergique, avec ses adorables mascottes loutres et un destin difficile. La description complète de la « sphère de service » dans le monde fantastique devient pour Shenxiu une leçon sévère : pour survivre, il faut travailler, bouger et, surtout, respecter la condition : « ne pas pleurer ». Les larmes sont ici matérielles, elles attirent la destruction.

Où mène le silence

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Image du film d'animation « L'Océan des merveilles »

Le personnage mystique Farceur, dont le prototype pourrait être le lapin blanc d'« Alice », révèle la métaphore du silence sur les problèmes. Il apparaît aux moments où les « points douloureux » de la fille sont identifiés. Le Farceur la poursuit, ou au contraire, la guide vers la vérité que le psychisme de l'enfant refuse d'accepter. Il incarne ces pensées chaotiques qui naissent dans l'obscurité, lorsque la réalité devient insupportable.

Nanhe, quant à lui, est l'antipode de ce chaos. Malgré sa cupidité et son apparence étrange, rappelant à la fois le Joker et un artiste ambulant, il devient le seul adulte qui parle à Shenxiu d'égal à égal. Son abnégation et sa gaieté feinte sont une armure derrière laquelle se cache une âme tout aussi meurtrie.

Même dans l'épaisseur de l'eau, on voit la lumière

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Image du film d'animation « L'Océan des merveilles »

La fin du film remet les choses à leur place, transformant la quête féerique en un puissant drame existentiel. Le bonheur, comme il s'avère, ne réside pas dans l'atteinte d'un objectif mythique, mais dans l'attention et la sensibilité. Parfois, un geste modeste, un ballon coloré offert ou une simple participation suffisent pour raviver chez un enfant la foi en un avenir meilleur. « L'Océan des merveilles » est un manifeste en faveur des émotions. Dans un monde où l'indifférence et la répression des sentiments prospèrent, la capacité de sourire sincèrement (pas ce sourire faux que Shenxiu pratiquait devant le miroir, mais un vrai) devient l'acte de bravoure suprême. C'est un film lourd, visuellement surchargé, mais infiniment précieux, sur le fait que même au fond de l'océan, on peut trouver la lumière si quelqu'un est prêt à tendre la main.