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Et si les traumatismes les plus forts ne se cachaient pas dans le passé, mais dans la tentative de tout recommencer à zéro ? La réponse est donnée par Joachim Trier dans son nouveau film « Sentimental Value ».

À partir du 20 novembre, « Sentimental Value » sort dans les cinémas russes — un drame intimiste sur la famille, la création et l'héritage de la douleur. Parfois espiègle, mais le plus souvent confessionnel, il dévoile les relations conflictuelles entre un père et ses filles. Comment cette histoire de réunion familiale a-t-elle touché le jury cannois ? 

Le focus du film est la maison, ou plutôt ce qui se passe à l'intérieur. Le nid familial, dont les murs gardent la mémoire des événements de la Seconde Guerre mondiale et des drames familiaux locaux, sert d'ancre matérielle puissante. Chaque nouvelle génération, en tentant de repartir à zéro, vide la pièce jusqu'aux murs blancs, mais se heurte invariablement aux fantômes du passé. Joachim Trier prend délibérément un risque. Après le triomphe de , grouillant de doutes et de demi-teintes, le réalisateur déçoit les attentes du spectateur et mise sur des émotions simples et honnêtes. « La sincérité est le nouveau punk », déclare-t-il lors de la conférence de presse du Festival de Cannes et il a raison. Les premiers spectateurs ont déjà noté le ton thérapeutique du film. « Sentimental Value » appuie délibérément sur les points douloureux des personnages principaux : le silence sur les ressentiments, les doutes, les traumatismes de l'enfance.

La vie des trentenaires sous le microscope du Norvégien dans le film « Julie (en 12 chapitres) »
Nadejda Vassilieva
La vie des trentenaires sous le microscope du Norvégien dans le film « Julie (en 12 chapitres) »

Un nouveau film du réalisateur norvégien Joachim Trier, « Julie (en 12 chapitres) », sort dans les cinémas russes. Un drame profond, un sérieux roman d'apprentissage qui se fait passer pour un premier abord

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Image du film « Sentimental Value »

Le centre du récit est Nora, une actrice traversant une crise dans tous les aspects de sa vie. Elle est aussi la fille du célèbre réalisateur Gustav Borg, qui, après une longue pause, revient au tournage et veut faire d'elle l'héroïne principale de son nouveau film. Mais il y a un hic : ils peuvent à peine passer une heure sans se disputer. Le comportement des membres de la famille est également destructeur et paradoxalement similaire. Nora essaie de pardonner à son père, de lui signaler tous les traumatismes et de le convaincre d'indifférence. Le rôle aux multiples facettes est interprété par Renate Reinsve, l'une des actrices préférées de Trier, pour qui le rôle a été écrit spécialement.

« Sentimental Value »
Image du film « Sentimental Value »

Tous les pères ont des sentiments, mais tous n'ont pas le privilège de les exprimer. La figure de Gustav Borg, incarnée par Stellan Skarsgård, devient la quintessence du réalisateur-créateur qui efface la frontière entre sa propre personnalité et son alter ego cinématographique. La question du créateur, de sa liberté absolue et de son lien indissoluble avec son propre art trouve ici une résonance extrême. Trier ne force pas les acteurs à vivre des sentiments inconnus, mais les plonge dans des circonstances qui peuvent leur sembler familières. Skarsgård, selon le réalisateur, était le seul qu'il voyait dans ce rôle. Au moins parce que Stellan connaît les divergences créatives avec ses enfants, tous les six sont devenus acteurs. Au final, il est difficile d'imaginer quelqu'un d'autre que Skarsgård dans ce rôle : sa vanité fatiguée et sa tendresse désemparée se lisent dès la première image.

La plus jeune fille, Agnes, grandit étonnamment « normale ». En observant les drames familiaux, l'héroïne crée une famille sans répéter les schémas parentaux. Elle devient le soutien dont sa sœur et son père ont désespérément besoin. Peut-être à cause de son nom biblique, dont l'étymologie populaire relie Agnes au mot latin « agnus » (agneau), signifiant pureté et sainteté.

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Image du film « Sentimental Value »

Dans le même ordre d'idées, on peut considérer le personnage de Rachel Kemp, interprétée par Elle Fanning. Tout comme l'actrice elle-même, venue pour la première fois en Norvège pour le tournage, son personnage devient un double, un reflet métaphorique des conflits internes, approfondissant le thème de la quête d'identité et de sa place dans la saga familiale.

Les épisodes alternent avec des coupures noires, un espace pour une réflexion instantanée sur ce qui a été vu. L'influence mutuelle des membres de la famille les uns sur les autres est rappelée par des références à l'œuvre d'Ingmar Bergman. Une scène monochrome, reproduisant « Persona », où les portraits du père et des filles se succèdent. C'est un marqueur de la cyclicité de la douleur, de la répétition inconsciente des schémas familiaux. De plus, Gustav Borg, le réalisateur dans « Sentimental Value », fait écho à Isak Borg de « Les Fraises sauvages ». 

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Image du film « Sentimental Value »

Trier travaille dans le domaine des sentiments, aspire à une conversation humaniste honnête sur l'attachement et la perte. Un film tendre mais mordant, suscitant l'empathie, invitant à la contemplation, possède un effet thérapeutique.

C'est un film sur le pouvoir guérisseur de l'art. Ici, la valeur sentimentale des choses devient un moyen de vivre les traumatismes. Joachim Trier établit avec le spectateur un dialogue humaniste sur les souvenirs, la responsabilité et le devoir artistique. Il prouve que l'acte de création peut servir à la fois de refuge et de champ de bataille, un lieu où la douleur prend forme.

« Sentimental Value » expérimente audacieusement, mais le fait dans le domaine de la pure émotivité. Pour le spectateur prêt à l'intimité et à une immersion lente, le film se révélera une expérience profonde et honnête. En fin de compte, c'est un film-verdict et un film-réconfort. Il ne donne pas de réponses définitives, mais pose délicatement des questions sur ce qui est vraiment précieux pour nous.

Le nouveau film du réalisateur norvégien Joachim Trier, « Sentimental Value », est sorti en large diffusion dans les cinémas russes depuis le 20 novembre grâce à la société de distribution A-One.