
« Nouvelle Vague » a disparu à peine apparue dans les salles russes, ce qui ne reflète en rien la qualité et le potentiel de débat du film. Sur le Truffaut vieillissant et l’inflexible Godard, sur la trahison et l’amour compliqué – lisez notre nouvea...
La Nouvelle Vague française est-elle un phénomène culturel et climatique ou un roman illustré de portraits ? Un homme et une femme dans une Buick décapotable ou un beau mois de mai ? Les petits amoureux ou les collectionneurs de bijoux ? Paris ou Pointe-Courte ? Il semble que poser des questions soit plus facile pour les enfants chéris des Cahiers du cinéma que d’y répondre. Richard Linklater n’est pas un soixante-huitard français, donc sa « Nouvelle Vague » de 2025 n’accueille pas la forme question-réponse.
Pas le meilleur, pas le plus brûlant, mais représentatif – c’est semble-t-il ce que le réalisateur américain voulait dire dans le contexte de l’expérimental « À bout de souffle » de Jean-Luc Godard (bien que ces mots appartiennent au contemporain de la Nouvelle Vague Luc Moullet). Linklater ne conteste pas, ne ridiculise pas, et n’explore même pas, ce qui aboutit à une image compromise de l’intransigeance. Godard se considérait comme un ethnologue en monture rectangulaire Wayfarer – soit ; il se disait nouveau Jean Rouch – pourquoi pas ? Un angoissé extraverti ? – parfait !
Linklater est prêt à soutenir le réalisme artificiel de Godard de toute la force de son amour suspect pour la Nouvelle Vague, car elle est Godard, autrement dit : Godard a reflété l’infini du calcul astronomique de tout un mouvement dans son cœur.

« Nouvelle Vague » feuillette en marche la chronique cinématographique mondiale, comme Michel Poiccard le journal du matin. Parmi les absurdités alphabétiques et les événements en papier apparaissent les noms à l’encre de Suzanne Schiffman, Claude Chabrol, Blanche Montel, Raoul Coutard, Juliette Gréco, Éric Rohmer. Richard Linklater espérait-il un effet de reconnaissance ? Probablement pas, il montrait plutôt la cause de l’émergence de l’esprit du cinéma en France.
Cependant, parmi les poèmes cinématographiques furieux, les applaudissements cannois et les idoles juvéniles, la figure de Linklater reste dans une position hérissée et anxieuse. En tournant sur Godard, le réalisateur de « Nouvelle Vague » rappelle étrangement François Truffaut pour des raisons assez inconfortables et symptomatiques.

La mystérieuse disparition de la révolution
Prétendu auteur du terme libre « cinéma de papa », débutant à succès et défenseur de la Cinémathèque française, Truffaut jurait de la révolution, avouait l’avant-garde et promettait de servir l’art encore plus farouchement que ses collègues. Mais dès la bruyante seconde moitié des années 60, le réalisateur s’est alourdi et affaissé, et dans les années 70, il s’attaquait à des projets dignes de ceux qu’il appelait ironiquement « papas ».
La trahison est passée inaperçue : en tant que démarcateur de frontières et perturbateur de la tranquillité, en 68, Truffaut interrompt le Festival de Cannes pour que personne ne remarque l’évidence. Ses « Baisers volés », dédiés au martyr Henri Langlois, sont un « cinéma de papa » d’intérieur, ridé et minuscule (bien que globalement pas mauvais).
Hurlant des slogans, Jean-Pierre Léaud, Louis Malle et Jean-Luc ont pris la substitution pour l’esthétique, la somnolence pour la surexcitation, les discussions sur la révolution pour la révolution. En fin de compte, c’est ainsi qu’est née la nouvelle cinéphilie – le frère jumeau laid du sentiment qui unissait réalisateurs, critiques, acteurs et opérateurs aux Cahiers du cinéma. La cinéphilie a ensuite été vendue avec succès par des metteurs en scène de marque épuisés, comme , qui tournaient d’interminables « Rêveurs » et habillaient des érotomanes et des amants malgré eux en costumes de Gavroche.
Au cinéma — « Le Dernier Empereur » de Bernardo Bertolucci. À cette occasion, rappelons cinq autres films de l’un des cinéastes italiens les plus célèbres.
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Le jeune Godard au seuil de l’immortalité
Les films de Godard n’ont jamais plu au public, mais ils ont parfois plu par hasard, ce qui convenait parfaitement à l’auteur. Toute expérience cesse tôt ou tard de plaire aux donateurs « généreux », élevés dans la philosophie du résultat. Les premiers spectateurs de la Nouvelle Vague voulaient tirer un trait final sur les filmographies, les pensées, les intentions, les subjectivités, et ainsi achever le projet créatif de toute une génération, mais Jean-Luc, contrairement à Truffaut, a continué ce qui n’a et ne peut avoir de fin. Les critiques dans la zone rouge et les budgets décroissants n’ont pas pu calmer l’expérience déchaînée. Le dernier film de Jean-Luc Godard fut « Le Livre d’images » : une déclaration sur la guerre, les terroristes, la société de consommation et la vie du cinéma à l’ère numérique.
Le dernier film de Richard Linklater est « Nouvelle Vague », et avant lui, le mélodrame intellectuel « Blue Moon », et un peu plus tôt, la comédie de transformation « Hit Man ». Ils plaisent au public et à la critique ; « Nouvelle Vague » plaît un peu plus. La déclaration d’amour au cinéma, la véracité des portraits, l’immersion fascinante dans la méthode de travail du jeune Godard méritent certainement quelque chose qu’ils veulent mériter.

Richard Linklater est talentueux et précis, passionné et libre, concret et universel, mais pour une raison quelconque, il filme Godard comme s’il était Truffaut, regrettant le départ d’Henri Langlois. Le premier projet français de l’Américain promettait d’être un jalon, une distinction visible, mais n’a reçu que le tampon souhaité de « cinéphilie ».
Il est important de comprendre que la qualité des reproches adressés à Linklater en dit déjà long sur ses mérites et oblige à se souvenir de la célèbre trilogie, « Boyhood », « Génération rebelle ». La critique de « Nouvelle Vague » n’est pas une accusation, mais le désir de soutenir un « joueur » rare et intelligent non seulement dans le cadre du « championnat régulier », mais aussi en « playoffs », car on ne tombe pas amoureux de la stabilité, mais de la performance.
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