
Sans grande fanfare, un nouveau chef-d'œuvre discret est apparu dans le catalogue Netflix – « Les Quatre Saisons ». Cette série parle de l'amitié et de l'amour des quinquagénaires, mais avec entrain et connaissance du sujet. Même les zoomers ne devra...
La plupart des séries modernes racontent l'histoire de jeunes de vingt ans traversant des crises existentielles, ou de super-héros de quarante ans sauvant l'univers. D'autant plus surprenant est le projet Netflix « Les Quatre Saisons » (The Four Seasons) — un animal rare qui parle honnêtement et avec chaleur de la vie des personnes de plus de cinquante ans. C'est une adaptation du film presque oublié d'Alan Alda datant de 1981, transformée par l'équipe de « 30 Rock » en une histoire douillette et sage sur le fait que l'amitié est à la fois des soirées amusantes et la capacité de traverser ensemble les moments les plus difficiles.
Les créateurs de la série « Les Quatre Saisons » — Tina Fey, Lang Fisher et Tracey Wigfield — ont choisi une structure élégante, faisant écho à l'original, mais sous forme de série : huit épisodes répartis en quatre blocs, chacun représentant une rencontre d'amis à une saison donnée. C'est une façon de montrer comment les relations évoluent, comment les gens changent, et comment l'amitié, comme la nature, traverse des cycles de renouveau et de déclin.

Une atmosphère particulière est créée par le cycle de concertos d'Antonio Vivaldi « Les Quatre Saisons », constamment joué et modernisé. Cette base musicale relie la série au film original et lui confère une qualité presque méditative. Vivaldi est ici un participant à part entière de la narration, soulignant le caractère cyclique de la vie et l'inévitabilité du changement.
L'histoire commence au printemps, lorsque quatre amis — Kate (Tina Fey), Jack (Will Forte), Danny (Colman Domingo) et Claude (Marco Calvani) — viennent rendre visite au couple marié Anne (Kerry Kenney) et Nick (Steve Carell), qui célèbrent leur 25e anniversaire de mariage. Apparemment idyllique, mais Nick annonce soudainement à ses amis sa décision de quitter Anne, « éternellement fatiguée et ennuyeuse ». Cette décision divise le groupe, obligeant chacun à reconsidérer ses relations et ses priorités.

Ce qui rend cette prémisse particulièrement intéressante, c'est l'approche réaliste de la représentation de l'amitié chez les adultes. Les auteurs comprennent que des amis de plus de cinquante ans ne peuvent pas se rencontrer chaque semaine — ils ont des familles, du travail, des obligations. Chaque rencontre devient donc un événement, chaque conversation importante, chaque conflit douloureux.
Tina Fey dans le rôle de Kate montre un jeu plus mature et plus retenu que ce que nous avons l'habitude de voir dans « 30 Rock ». Son personnage est une femme qui a appris à être un soutien pour son mari Jack, mais sans perdre sa propre identité. Steve Carell joue Nick de manière poignante comme un homme traversant une véritable crise de la quarantaine, où la fatigue accumulée par la routine commence à l'emporter sur le sens du devoir, y compris envers sa fille adolescente.
Il faut particulièrement noter Colman Domingo dans le rôle de Danny. L'acteur se révèle ici sous un nouveau jour, jouant un homme confronté à des problèmes de santé et aux peurs de son partenaire. Sa chimie avec Marco Calvani crée l'une des trames les plus touchantes de la série, montrant comment l'amour se manifeste par la volonté de soutenir dans les moments difficiles.

Chaque épisode a été réalisé par des réalisateurs qui ont apporté leur touche personnelle : le duo Robert Pulcini et Shari Springer Berman, connu pour « Succession », « Shameless » et « Only Murders in the Building », Osmani Rodriguez (« Nobody Wants This ») et Jeff Richmond (« Unbreakable Kimmy Schmidt »). Une telle diversité aurait pu briser l'unité de ton, mais crée plutôt une texture riche où chaque « saison » obtient son humeur et son langage visuel. Il est à noter qu'un épisode a été réalisé par Colman Domingo, qui se prépare pour ses débuts au cinéma.
« Les Quatre Saisons » appartient au genre rare de la dramédie pour un public mature — un genre qui a presque disparu des écrans ces dernières années. Cela ne signifie pas que la série est ennuyeuse ou déprimante. Au contraire, elle est pleine d'humour subtil né de situations de vie reconnaissables. Lorsque Nick commence à sortir avec une fille de vingt ans sa cadette, cela aurait pu être un prétexte pour des blagues bon marché sur les boomers et les millennials, mais les auteurs explorent cette situation avec compréhension et même empathie.

La série explore également le thème de la façon dont différentes générations gèrent les crises. Par exemple, les week-ends parentaux deviennent un « test de résistance » lorsque les enfants adultes sont confrontés aux problèmes de leurs parents, et que ces derniers tentent de ne pas détruire le monde habituel de leurs enfants.
La force de la série « Les Quatre Saisons » ne réside pas dans des rebondissements complexes ou des collisions inattendues, mais ailleurs : dans sa capacité à trouver du drame et de la beauté dans la vie ordinaire des adultes, dans la compréhension que les véritables épreuves ne viennent pas de l'extérieur, mais surgissent au sein de nos relations les plus proches. C'est une histoire sur le fait que l'amitié et l'amour, comme les saisons, ont leurs cycles, mais peuvent renaître encore et encore si les gens sont prêts à y travailler. Dans un monde où de nombreuses séries crient pour attirer l'attention, « Les Quatre Saisons » parle doucement mais avec justesse — et c'est pourquoi il vaut la peine de l'écouter.
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