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Sur le papier, « Abigail » est une comédie horrifique enlevée et sanglante, mais en réalité, c'est un film ennuyeux et sans éclat, dont l'héroïne pourrait facilement devenir un mème sur les réseaux sociaux.

Six kidnappeurs : l'ancienne ambulancière Joey (Melissa Barrera), l'ex-policier Frank (Dan Stevens), le militaire à la retraite Rickles (William Catlett), le balourd Peter (Kevin Durand), la hackeuse milléniale Sammy (Kathryn Newton) et le bavard chauffeur Dean (Angus Cloud) acceptent d'enlever la fille d'un oligarque local. Le commanditaire promet une belle somme : plusieurs dizaines de millions de dollars chacun.

L'enlèvement se déroule sans accroc et la fillette, Abigail (Alisha Weir), est emmenée dans un manoir isolé à la campagne. Plus tard, les kidnappeurs réalisent qu'il s'agit d'un piège. Les entrées et sorties du manoir sont bloquées, et Abigail n'est pas aussi simple qu'elle en a l'air. Ceux qui étaient chasseurs deviennent ses proies. Les braqueurs malchanceux doivent s'unir pour riposter et essayer de survivre jusqu'au matin. Mais il est clair que tout le monde n'y parviendra pas.

Famille de goules : critique du film « Abigail »
Image du film « Abigail »

« Abigail » est une histoire simple et directe des réalisateurs Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett. Un croisement entre « L'Exorciste » et « Une nuit en enfer », mais spirituellement plus proche de leur précédent film à succès, « Scream » (2022).

L'exposition du film ne donne absolument rien. Le principal mystère sur qui est Abigail est déjà révélé dans la bande-annonce et les reels viraux sur les réseaux sociaux. On comprend aussi immédiatement ce qui attend les six kidnappeurs condamnés. Ce qui importe davantage, c'est comment le lynchage se déroulera et comment tout se terminera. Mais là encore, les auteurs du film s'en tiennent obstinément aux clichés et refusent catégoriquement de faire un seul mouvement non conventionnel. De plus, ils étirent le massacre final de 15 à 20 minutes supplémentaires, ajoutant une sentimentalité totalement étrangère à cette attraction sanglante.

Il est vrai qu'on n'a guère envie de compatir avec Madame Vengeance, bien que le calcul soit évident dès le départ. Tout est trop fade et forcé, et on ne peut pas non plus se réjouir d'une fin originale ou d'une idée nouvelle qui aurait pu offrir un regard neuf sur le genre et ainsi sauver le film, pour une simple raison : il n'y a ni l'un ni l'autre dans le film.

La partie divertissement n'est pas non plus sans accroc. Les auteurs ont clairement gaspillé l'avance donnée par une prémisse vraiment intrigante : une petite fille vampire exécutant un fouetté mortel sur le « Lac des cygnes » de Tchaïkovski.

Famille de goules : critique du film « Abigail »
Image du film « Abigail »

Dans la bande-annonce, cela semblait au moins frais, mais « Abigail » ne parvient finalement à être ni une comédie ni un film d'horreur, ressemblant à un jeu d'horreur moyen où l'on cosplaye tous les films de vampires à la fois. Le seul domaine dans lequel Bettinelli-Olpin et Gillett excellent, ce sont les effets numériques et pratiques. Par moments, c'est assez écœurant, mais nécessaire pour maintenir le bon niveau dans le film. La forme, clairement empruntée ici et là (principalement à des maîtres établis), domine nettement le contenu dans « Abigail », et on peut facilement reprocher aux réalisateurs un copiage passif. Mais peut-être est-ce exactement l'effet recherché : que personne ne prenne le film trop au sérieux. Le problème, c'est qu'il ne suscite aucune réaction.

Image du film « Abigail »
Image du film « Abigail »

Les auteurs du film ont tout de même un point juste. C'est l'actrice de 14 ans Alisha Weir. Victime de l'enlèvement, elle est aussi le cauchemar des criminels, alliant avec professionnalisme l'innocence enfantine et une implacabilité véritablement cybernétique dans la poursuite et la punition du prochain malheureux. Ce mélange féroce, associé à des danses dans le style de « Mercredi » et , a toutes les chances de devenir un mème internet qui pourrait donner lieu à une suite ou même un crossover. Grâce à cette décision visionnaire, ce thème pourra être exploité à l'infini, produisant un film après l'autre.

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Néanmoins, « Abigail » mérite au moins un visionnage. Par exemple, pour le casting réussi du rôle et l'idée semi-évidente qu'il faut parfois accorder plus de temps aux enfants et ne pas les combler de cadeaux en volant l'attention parentale. Sinon, les conséquences seront telles qu'on aura du mal à les gérer.

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