
Le 29 février, le mélodrame « Les Vies passées » sort dans les salles russes, premier film réalisé par Celine Song, déjà nommé deux fois aux Oscars dans les catégories « Meilleur film » et « Meilleur scénario ». Nous vous expliquons pourquoi, dans un...
L'héroïne principale Nora (Greta Lee), comme Celine Song elle-même, a quitté la Corée à 12 ans, s'installant d'abord avec ses parents au Canada, puis à New York. Elle est aussi une dramaturge à succès, qui rêve depuis l'enfance de remporter un prix pour ses réalisations littéraires. On ne sait pas exactement si l'autobiographie du film s'arrête à ces similitudes, mais il est fort possible que « Les Vies passées » soit une réflexion sur les expériences de Celine Song elle-même.
Avant de quitter la Corée, l'héroïne était amie avec son camarade de classe Hae-sung (Teo Yoo). Il se trouve que 12 ans plus tard, ils se retrouvent sur les réseaux sociaux et renouent leur communication, et encore 12 ans plus tard, Hae-sung vient à New York pour voir Nora, même si elle est déjà mariée.

On peut difficilement qualifier cette situation de triangle amoureux, dans lequel Nora semble garder une certaine distance avec tous ses participants. De plus, après son mariage, l'héroïne n'éprouve pas de tourment à choisir entre Arthur (John Magaro) et son ami d'enfance. Le point culminant ne contredit en rien l'intrigue, car dès le début, il est clair que l'amitié restera une amitié, aussi douloureux que cela puisse être.
Hae-sung est un héros-illusion. Il n'y a aucune chance qu'il se réunisse avec Nora, mais il crée une image forte, nécessaire pour que Nora fasse son choix de manière irrévocable. L'ami d'enfance incarne le passé – une Corée si lointaine et presque oubliée, mais natale (on peut entendre de la part de Nora à son sujet : « il est assez viril, à la coréenne », « il vit toujours avec ses parents, un vrai Coréen typique »).

Pour Nora, communiquer avec son ami d'enfance est un moyen de retourner brièvement dans son pays natal sans acheter de billet pour . Sa nostalgie pour Hae-sung est presque la même que sa nostalgie pour les années insouciantes, les ruelles étroites et les amies d'école. Arthur, quant à lui, incarne le présent, l'incarnation de New York et du travail que Nora aime.
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Open materialL'héroïne n'essaie pas de choisir entre le passé et le présent, car le choix est évident. Les souvenirs de son ami ne sont pas un sentiment douloureux qui pourrait la faire revenir en arrière, mais simplement une légère nostalgie, comme on se souvient des années d'école. Nora n'arrache pas la Corée d'elle-même, mais apprend à vivre avec, la cachant à l'intérieur et ne la laissant s'exprimer que dans le flux de l'inconscient.

L'image de Hae-sung n'est pas seulement l'incarnation de la nostalgie du « passé doré ». Il constitue un contraste important dans la relation de Nora : en montrant son âme d'idéaliste, Hae-sung révèle la pensée très matérialiste de l'héroïne. Il semble que les circonstances de la vie et les manifestations de la réalité ne peuvent pas l'affecter. Nora le remarque (« Se marier est difficile pour des gens comme toi, idéalistes invétérés »), mais son ami n'est pas un nouveau Werther juvénile, car il trouve la force d'accepter cela aussi, se livrant à des réflexions sur les vies passées et futures. Les souffrances résignées, non exprimées extérieurement, élèvent des héros comme lui. Bien qu'à New York, elles ne signifient rien.
Nora, par contraste avec son ami, est matérialiste. En énumérant les événements principaux de leur histoire d'amour, Arthur dit que leur mariage n'est pas si romantique. Ils se sont rencontrés dans un camp d'écrivains, se sont mariés tôt à cause de la carte verte et ont emménagé ensemble parce que louer un appartement à deux est moins cher. Si avant Nora vivait avec un idéal inaccessible, en s'en approchant, elle a perdu ce trait.

C'est ici que se trouve la frontière entre Nora et Celine Song. Nora a été endurcie par le chemin de la petite fille coréenne à la dramaturge américaine, mais la réalisatrice est spirituellement plus proche de Hae-sung. Elle est une véritable contemplative, capable de trouver la beauté dans les plus petits et insignifiants détails de la réalité.
C'est pourquoi « Les Vies passées » est un film lent et vraiment beau. Song pourrait non seulement jouer un nocturne à la flûte des tuyaux d'évacuation, mais aussi trouver un charme particulier dans un verre d'eau et un citron coupé sur la table de chevet. Dans la touchante histoire d'amour, elle ajoute constamment des éléments qui ralentissent le rythme du récit. Les paysages urbains, la nature, le brouillard épais, les rideaux avec le vent chaud de l'été n'apportent pas un grand sens, mais créent un rythme particulier.

« Les Vies passées » ne montre pas le chemin difficile vers l'idéal dont Nora rêvait, assise à son bureau au collège. Ce film ne parle pas de l'importance d'atteindre la ligne d'arrivée, mais de l'importance de ne pas oublier pourquoi et où tu courais, de ne pas perdre la capacité de contempler et de ne pas couper les souvenirs du passé, même s'ils te rendent nostalgique. On ne peut se comprendre qu'en trouvant la poésie dans les petites choses, en ralentissant et en s'arrêtant pour vérifier que les vagues de l'Hudson ont la même couleur qu'hier.
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