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« La Vie rapide » est le deuxième court métrage du jeune réalisateur français. Paul Rigou dresse avec soin le portrait d'un Oblomov moderne, en réfléchissant à l'accélération du rythme de vie. Le film est à voir en ligne au festival MyFrenchFilmFesti...

Un lit défait, recouvert de draps frais et clairs. Sur une table de chevet, une pile de livres poussiéreux ; sur l'autre, un tas de pilules et un verre d'eau. À cinq heures du matin, Jean avale de l'aubépine, de la valériane et un quart de bromazépam. Après douze heures de sommeil, il prend un comprimé de Doliprane pour éviter les maux de tête. Jean est un garçon posé, un peu lent, trop sensible à lui-même. On dirait qu'il ne passe pas son temps à vivre réellement, mais à une vaine réflexion. Cette impression se renforce lorsque son colocataire hyperactif, Alec, apparaît à l'écran.

Jean au pays du temps subjectif – critique du film « La Vie rapide »
Image du film « La Vie rapide »

Les rythmes de vie et les caractères d'Alec et de Jean s'opposent. Ce n'est qu'une empreinte hyperbolique de types humains réels, et en vingt minutes, on ne peut pas approfondir leurs personnages. Dans le film, les gens se divisent seulement en deux types : celui qui aime s'endormir parce que la journée est enfin finie, et celui qui aime se réveiller parce que la journée a enfin commencé. Mais c'est précisément sous cette forme pure que ces deux héros s'harmonisent et contrastent le mieux. La chambre claire de Jean, encombrée de médicaments et aux tons chauds, semble ennuyeuse comparée à celle d'Alec : teintes froides, synthétiseurs, figurines en verre fantaisistes et lumières clignotantes comme dans une soirée techno.

« La Vie rapide » est une comédie dell'arte où un héros porte le masque du philosophe pessimiste, et l'autre celui de l'optimiste naïf convaincu. Et bien que Voltaire nous ait appris que l'optimisme excessif est absurde, le Candide moderne qu'est Alec semble assez naturel. Il est facile à vivre, plutôt tourné vers la vie réelle et le moment présent, sans même penser au passé le plus proche.

Jean au pays du temps subjectif – critique du film « La Vie rapide »
Image du film « La Vie rapide »

Mais ce n'est pas un hasard si l'auteur choisit comme personnage principal ce garçon maladif, maladroit, peu sociable. Étudier Jean est bien plus intéressant : ce mélancolique enfermé dans sa chambre, cherchant des défauts dans sa santé, pense bien plus profondément que son ami actif. Alec a des intérêts superficiels, qui consistent surtout à sauter sur du hyperpop et à jouer frénétiquement en plein air. Mais Jean est un véritable contemplateur, il vit lentement pour avoir le temps de réfléchir : « seule la tristesse nous élève ».

Les amies des héros représentent une variation de ces deux façons de percevoir le temps. Lou (l'amie d'Alec) est aussi dynamique que lui, mais elle est capable, sinon de s'arrêter, du moins de ralentir. Caroline (l'amie de Jean) est aussi lente et maladroite, mais elle essaie de lutter contre elle-même : « Je n'aime pas la solitude et je souffre de la communication ».

Jean au pays du temps subjectif – critique du film « La Vie rapide »
Image du film « La Vie rapide »

Il est intéressant de voir comment, sans changer la position de la caméra, l'auteur montre la salutation du premier couple et du second. Il semble que seuls Jean et Caroline soient capables d'une profonde sympathie : leur salutation maladroite prend plus de temps, leurs dialogues sont plus longs et plus riches, leurs regards échangés durent plus longtemps, et le contact timide de leurs joues ressemble à un véritable amour.

Mais lors de la conversation entre les quatre, on comprend que la vie réglée de Jean est une construction très fragile, que le rythme rapide du monde moderne peut détruire. L'accélération de la perception subjective du temps due à l'activité finira tôt ou tard par dominer sa lenteur contemplative. De plus, Jean tente artificiellement de ralentir sa perception du temps. Il préfère s'asseoir à caresser l'herbe à l'ombre plutôt que de jouer dans le parc, car il sait que l'activité ne ferait qu'accélérer le temps. Caroline le compare à Oblomov, mais il n'est pas seulement Oblomov, il est aussi le rêveur Lenski et le jeune Werther qui se complaît dans la souffrance.

Jean au pays du temps subjectif – critique du film « La Vie rapide »
Image du film « La Vie rapide »

Une grande tradition du passé se cache derrière ce héros maladroit, lent et réfléchi. Mais « La Vie rapide » montre que les temps changent et qu'à la fin, Jean essaie même de savourer le réveil plutôt que l'endormissement. Il change par amour et tente de transmettre un peu de sa lenteur en échange de dynamisme, cherchant un juste milieu entre une mélancolie oppressante et une hyperactivité colorée mais vide.

Jean au pays du temps subjectif – critique du film « La Vie rapide »
Image du film « La Vie rapide »

Une autre question soulevée par « La Vie rapide » est la raison pour laquelle les auteurs contemporains se tournent vers la redéfinition du temps formel. La théorie développée au début du Moyen Âge par saint Augustin, poursuivie dans les travaux de Kant et Heidegger, est toujours sujette à analyse dans la culture. Il m'a semblé que le principal conflit interne du film réside dans le fait que l'accélération du rythme de la vie moderne ne permet pas de s'arrêter et de se reposer, tandis que la tentative de ralentir artificiellement son cours conduit à la disharmonie.