
Le 1er février sort en salles le (presque) drame adolescent d’Irina Bas « Détka », qui plonge le spectateur pendant une heure et demie dans l’une des périodes les plus folles et fondamentales : le passage à l’âge adulte. Nous vous expliquons pourquoi...
En 2021, la série « » est sortie, dans laquelle Irina Bas était l’une des réalisatrices. C’est un almanach musical avec de courtes histoires d’adolescents, dont certaines donnent envie d’être développées à cause d’un sentiment d’inachevé, d’autres d’être supprimées à cause de leur absurdité. Mais en 2023 sort le film « Détka », qui aborde les mêmes problèmes, mais de manière beaucoup plus assurée et complète. La série « Seize+ » était-elle un essai avant le film « Détka » ?
« Seize + » est un autre mélodrame sur les adolescents, construit sur des stéréotypes populaires.
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Au centre de l’intrigue se trouve Dasha (Maria Matsel), qui vient tout juste de fêter son bal de promo. Elle vit depuis son enfance avec un père hyperprotecteur, parfois trop catégorique. Sa mère (Victoria Isakova), une personne très éprise de liberté et créative, a décidé de quitter la famille pour faire carrière à Saint-Pétersbourg. Dasha ment à son père et part à la recherche de sa mère, mais tombe sur une femme belle, froide et narcissique qui, à première vue, n’a pas besoin d’un enfant.
Les premières minutes d’observation de Lena (la mère de Dasha) donnent l’impression que nous regardons une variation sur le thème : et si « La Pianiste » de Michael Haneke vivait non pas avec sa mère, mais avec sa fille et réussissait dans sa vie personnelle. Mais ce parallélisme disparaît – Lena n’est certes pas une personne complètement saine d’esprit, mais il y a tout de même une chance de changement.

Maria Matsel rend parfaitement la gêne adolescente de Dasha, son côté anguleux et son insolence. Parfois elle a l’air maladroite, parfois elle se voûte, parfois elle tombe dans une provocation hautaine. Irina Bas montre souvent Dasha dans différentes surfaces réfléchissantes – vitrines, miroirs. Cette dualité, l’apparition d’une ombre inquiétante, raconte les problèmes d’exploration de soi à cet âge, la tentative de se connaître et de se rassembler. C’est peut-être ce sentiment (en plus de l’admiration, bien sûr) qui attire Dasha vers sa mère – car qui peut en dire plus sur toi que ta maman.
Ici apparaît un véritable parallélisme – Dasha ressemble trop à Lena. Elles tiennent leurs tasses de la même façon quand elles boivent, elles ont des goûts musicaux parfaitement identiques qui se sont formés spontanément, et même dans la création, elles occupent à peu près la même place. Dasha chante, Lena joue du piano.
Et bien qu’elles aient toutes deux un caractère difficile, Dasha, en essayant constamment de provoquer sa mère, n’obtient pas ce qu’elle veut. Elle tente d’éveiller les sentiments maternels d’Elena tantôt en demandant une cigarette, tantôt en déclarant travailler dans l’escorte. Mais ces manipulations sont trop naïves, maladroites, encore enfantines. Elles sont facilement décelables, surtout par une femme aussi froide et narcissique, qui n’hésite pas non plus à jouer à ces jeux, en demandant à Dasha si elle n’aurait pas de quoi fumer.

L’héroïne s’adresse à Lena tantôt par « tu », tantôt par « vous », essayant maladroitement de sonder et de comprendre l’épaisseur de la barrière entre elles. Par ses pitreries maladroites, comme « je vais partir, me saouler et revenir au petit matin », elle tente d’attirer son attention, et Dasha y parvient même. Mais cela ne mène pas à une compréhension mutuelle complète. La mère et la fille devront encore échanger leurs rôles plusieurs fois : tantôt Lena attendra sa fille à la maison sans trouver de repos, tantôt Dasha tentera de tirer sa mère ivre d’un mauvais pas.
La colorimétrie habituellement froide prend des couleurs dans les moments de rapprochement et d’union des héroïnes. La lumière vert acide sur la piste de danse, les enseignes en nylon couleur fuchsia, les robes vives de Dasha. Mais pendant et après les disputes, réapparaît la teinte indifférente et froide de l’aube, qui accompagne une solitude vraiment pesante.

Un autre thème important de « Détka » est l’exploration par l’adolescente de sa sexualité. De la discothèque scolaire à la dernière scène sur le parking près du club. Dasha apprend tout juste à être féminine, vole les robes et les sous-vêtements de sa mère. En tentant d’obtenir de l’argent en échange d’une relation intime, l’héroïne prend conscience des limites de son corps – elle développe des principes qui, très probablement, l’accompagneront toute sa vie.
Certaines décisions étranges, illogiques et prises sous le coup de l’émotion de Dasha peuvent être justifiées par son âge – elle a déjà grandi et il ne reste que très peu de temps avant la majorité tant convoitée, mais l’expérience de la vie est terriblement insuffisante. Elle a, comme tous les adolescents, le sentiment qu’après l’école, on est déjà inévitablement adulte, indépendant et libre, même si on ne sait pas ce qu’on veut de la vie.

Il m’a semblé que les auteurs ne cherchaient pas à refléter réalistement la vie de la jeunesse moderne, mais voulaient seulement reproduire, avec un minimum de pertes, ce sentiment de perte, mêlé à une liberté enivrante, qui était propre aux années de jeunesse de toutes les générations. Certains rebondissements scénaristiques « sériels » peuvent facilement être pardonnés en raison des solutions de caméra intéressantes et de l’image non retouchée avec tous ses pores, frissons, boutons et autres manifestations d’un être humain réel et vivant.
Je ne sais pas s’il y a un lien entre le « Tu as peur de regarder en toi, et l’acteur t’y aide » de Dasha et le « De quoi riez-vous ? Vous riez de vous-mêmes ! » de Nicolas Gogol, mais à mon avis, l’essence du film se trouve quelque part là. « Détka » peut devenir une réflexion à part entière sur le quotidien adolescent pour un public adulte. C’est certes une période difficile avec des hormones en ébullition, des montagnes russes émotionnelles et des actes irréfléchis, mais elle pose une certaine base, à travers l’acquisition de la première expérience de vie. Et dans l’ensemble, se regarder à cet âge peut être assez attendrissant et amusant.
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