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Sur Internet, on peut (et on doit) trouver le nouveau film d'Alexander Payne, la comédie de Noël « The Holdovers » – un film profond et étonnamment chaleureux pour lequel l'un des réalisateurs les plus intelligents d'Amérique est pressenti pour l'Osc...

À la fin de l'année 1970, dans un pensionnat pour garçons, quelques élèves dont les parents ne sont pas venus les chercher, la cuisinière Mary et un professeur d'histoire ancienne restent pour Noël. Finalement, tous les élèves sauf un partent, laissant seul avec le professeur impopulaire le redoublant intelligent Angus Tully, qui se sent exclu par ses camarades et par sa mère récemment remariée.

Le professeur (rôle exceptionnel de Paul Giamatti) a effectivement de quoi être détesté. Pédant, légèrement agressif, manquant de respect aux élèves, M. Hunham pense trop à l'Empire romain pour s'intéresser au monde moderne, aux amis ou aux collègues. Ce n'est pas le genre de personne qui attire la sympathie au premier regard. Et même au second, il n'y parvient guère.

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Image du film « The Holdovers »

Leur étrange cohabitation avec l'élève (Dominic Sessa, débuts intelligents) et la cuisinière noire (rôle remarquable de Da'Vine Joy Randolph), qui a perdu son fils au Vietnam, rappelle dans une certaine mesure deux grands films des années 80. Le premier est bien sûr « The Breakfast Club », la contribution majeure de John Hughes à la culture mondiale. Effectivement, laissés seuls dans l'école vide, les personnages finissent par comprendre beaucoup de choses, une amitié se noue entre eux (spoiler pour ceux qui n'ont pas vu le film), qui n'aurait pu naître dans d'autres circonstances. Le second film est « Shining » de Stanley Kubrick, un film sur un hôtel abandonné dans la neige et la folie claustrophobe silencieuse, le double maléfique du chef-d'œuvre de Hughes.

Sur le plan narratif, Payne suit les deux histoires : le huis clos dans « The Holdovers » provoque à la fois haine, amitié et tristesse. Mais en tant qu'auteur original, même dans des intrigues empruntées, il échange au milieu du film la claustrophobie des années 80 pour un road trip typique des années 70. Les sentiments des personnages, comme enfermés dans l'école, doivent être mis à l'épreuve par l'air frais. Et c'est dans la seconde partie, lorsque le professeur et l'élève partent pour Boston, que « The Holdovers » s'épanouit véritablement.

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Image du film « The Holdovers »

En filmant le voyage d'un élève peu studieux et d'un professeur au mauvais caractère, Alexander Payne – et c'est sans doute son principal mérite – nous montre la véritable magie du cinéma issue de l'époque du Nouvel Hollywood (il est en ce sens un brillant élève de Bogdanovich et, sans doute, de Altman). Les thèmes abordés pour la énième fois, les échos familiers du Vietnam (une ligne émouvante, il faut le dire), l'intrigue classique du rapprochement forcé entre un adulte et un adolescent si différents – nous avons tous vu cela maintes fois. Pourtant, « The Holdovers » se regarde et s'écoute avec fraîcheur et originalité. C'est un film touchant, mais pas du tout poussiéreux. Son confort est celui d'une révélation de Noël, et non de banalités éculées. Les personnages du film, comme le film lui-même, respirent un air frais hivernal, tout en parvenant à se réchauffer et à réchauffer.

Cependant, il ne faut pas réduire « The Holdovers » à un conte de Noël (et on comprend pourquoi le réalisateur s'attriste quand on le fait). Le film commence par un générique où l'on peut même voir une indication que le film aurait été tourné en 1971, et il transmet de manière substantielle, et non cosmétique, les tragédies et les élans de cette époque paranoïaque et décadente, mais aussi l'une des périodes culturellement les plus productives de l'histoire américaine. Le film capture également le thème principal des années 70 : l'opposition entre le système et le non-conformiste, une grande partie du non-conformisme des personnages résidant dans le simple refus de vivre selon ce que dictent leur classe, leur race ou leur hiérarchie. Le professeur révèle une profondeur de rébellion inattendue, l'élève une sensibilité à l'injustice inhabituelle chez ses camarades, et la cuisinière une honnêteté et une vitalité.

The Holdovers. Paul Giamatti. Alexander Payne
Image du film « The Holdovers »

La pellicule granuleuse, l'école fermée, le message du Nouvel An à la fin figurent aussi comme des marqueurs de l'époque, mais ce qui est bien plus important, c'est que « The Holdovers » est un film sur un pays perdu au tournant des époques et sur des gens perdus en son sein. Ils sont tous (c'est une allégorie évidente mais efficace), bien sûr, laissés seuls non seulement à Noël, mais aussi dans la vie. Comme toujours chez Payne, il s'agit d'un drame sérieux, non superficiel, la douleur d'une dépression invisible aux autres, les tentatives de se réfugier dans la grandeur de l'Empire romain pour échapper à la mélancolie de son propre temps. Malgré un optimisme mesuré, la fin est triste – car même l'Empire romain s'est effondré à un moment donné, et la nouvelle année ne garantit pas un nouveau bonheur, et tout le film, en substance, est un tableau de la solitude partagée.

Mais c'est précisément dans cette tristesse silencieuse – pour les occasions manquées, les temps révolus, les pertes irréversibles – que réside, paradoxalement, le principal effet thérapeutique du film. Payne ne cherche ni à masquer la douleur ni à dire qu'elle n'existe pas. Il fait l'essentiel, ce que peut faire un réalisateur honnête : il propose de la partager avec les spectateurs. Et, puisqu'il s'agit des années 70, c'est bien sûr une offre qu'on ne peut refuser.