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Un spectacle captivant en quatre actes du maître des mises en scène théâtrales magiques, Wes Anderson !

De quoi, de quoi, de quoi est fait M. Wes Anderson ? D'une abondance de dialogues percutants, d'une fine glaise ocre et de constructions imposantes, voilà de quoi est fait M. Wes Anderson ! Et le fameux « pas pour tout le monde » caractérise le mieux son langage cinématographique. Mais le réalisateur est allé encore plus loin, transformant le cinéma en livre audio avec des images animées, faisant littéralement du spectateur une partie de la représentation théâtrale.

«La Merveilleuse Histoire de Henry Sugar» (ainsi que « Le Cygne », « Le Preneur de rats » et « Poison ») sont des nouvelles de l'écrivain britannique Roald Dahl. Wes Anderson avait déjà lié l'esthétique de son œuvre à l'esprit de Dahl, en présentant au public l'incomparable (l'auteur de cet article considère cette tautologie plus que pertinente !) « Fantastic Mr. Fox ». Maintenant, Anderson a créé une œuvre plus locale, qui non seulement ne sort pas du cadre de l'œuvre de Dahl, en transposant soigneusement son authenticité à l'écran, mais même en dehors des limites temporelles – les petites histoires se sont transformées en courts métrages.

La Merveilleuse Histoire de Henry Sugar 2023
Image du film « La Merveilleuse Histoire de Henry Sugar »

Dès le premier plan, construit selon les règles du monde du réalisateur, dans chaque motif légitimé, dans les constructions méticuleusement disposées de l'image centrée et, semble-t-il, vérifiée à la règle, vit l'esprit du maître, à qui il ne manquait plus que les héros de Dahl. C'est un crime, sans doute, que des personnages méthodiques dans leurs récits et nécessairement détachés en apparence aient attendu si longtemps leur tour pour monter sur la mise en scène andersonesque (que « » occupait récemment), mais ils trouvent leur place sur les pages numériques d'un monde aux couleurs sourdes, qui proposent au spectateur de les lire.

« Asteroid City » – un (énième) microcosme curieux mais follement charmant de Wes Anderson
Valeria Stoikova
« Asteroid City » – un (énième) microcosme curieux mais follement charmant de Wes Anderson

Une histoire intimiste en ocre, captivante par sa stagnation mélancolique, ou une métaprose édentée où l'intrigue s'efface devant le charme de l'image ? Qu'est-ce que « Asteroid City » ?

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Imaginez un livre en trois dimensions, dont chaque double page se déploie en illustrations 3D stables. Il y a un premier plan et un arrière-plan profondément caché près du sommet du livre. Ainsi en est-il des courts métrages d'Anderson – le récit est à plusieurs niveaux. Le premier niveau de narration est mené par Roald Dahl lui-même (Ralph Fiennes), qui, assis dans un fauteuil du décor méticuleusement reconstitué de la maison de l'écrivain, plongera le spectateur à un niveau inférieur et lui fera rencontrer son héros Henry Sugar (Benedict Cumberbatch), qui l'emmènera dans les profondeurs du livre qu'il lit, écrit d'après les paroles du magicien Imdad Khan (Ben Kingsley). On dirait que nous venons de tomber dans le terrier du lapin de Carroll ! On a envie de dire : « De plus en plus merveilleux ! »

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Image du film « La Merveilleuse Histoire de Henry Sugar »

Et si vous pensez qu'Anderson est excessif dans la complexité de la construction du plan, vous serez surpris de voir comment l'apogée de cette mesure s'est soudainement et organiquement combinée avec les récits les plus simples. La réponse : le théâtre ! Les décors se construisent au fil du récit. Et les héros ne font pas partie du fond, ils se superposent à lui. Sortant de derrière les coulisses par une porte dans un buisson de roseaux ou assis sur un tabouret peint de la même couleur que le fond, les personnages lisent les pages du livre avec une impartialité extrême. L'essentiel n'est pas de saisir le jeu d'acteur, mais d'étudier le fond pendant que les acteurs délivrent leurs répliques à la première et à la troisième personne, et seulement parfois de prêter attention à leur regard perçant à travers le quatrième mur, en entendant la réplique caractéristique « dis-je ».

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Image du film « Le Cygne »

Les acteurs sont tellement identifiés au rôle du narrateur-démonstrateur que chacun d'eux s'acquitte parfaitement de plusieurs rôles à la fois, et les animaux apparaissent à l'écran, comme dans tout vrai théâtre, sous forme de figures en bois (la nouvelle « Le Cygne »), de modèles informatiques (la nouvelle « Le Preneur de rats ») ou sont tout simplement un vide dans les mains du héros, qui, comme d'habitude, ne prend vie que dans les jeux imaginaires des enfants. Et il est peu probable que l'absence de modèles naturalistes vous préoccupe beaucoup quand, à l'écran, Ralph Fiennes, maquillé en Peter Pettigrew, éveille la nostalgie des fans de Harry Potter.

Il est intéressant de noter que dans les discussions sur la nouvelle création de Wes Anderson, seul le titre de la première nouvelle apparaît – « La Merveilleuse Histoire de Henry Sugar » – tandis que les autres sont mises entre parenthèses dans les mêmes articles. Au début, cela semble injuste, car le contexte sémantique des films est différent, et de l'histoire de contrées lointaines et de magie, le spectateur tombe facilement sur les rails et suit docilement des actions véritablement effrayantes.

La Merveilleuse Histoire de Henry Sugar
Image du film « La Merveilleuse Histoire de Henry Sugar »

Avant de visionner, l'auteur de cette critique pensait corriger cette injustice et chanter séparément chaque œuvre, mais c'était une erreur. En y regardant de plus près, on comprend que les courts métrages sont liés. Et quel que soit le message principal et l'ambiance de l'histoire (l'enthousiasme face à l'absence d'issue n'est séparé que par le générique), toutes les nouvelles ne forment qu'un seul petit conte, un art esthétiquement brillant sur la transformation de la personnalité ou son inébranlabilité. Le merveilleux théâtre de Wes Anderson. Louange au réalisateur pour avoir su, avec son langage cinématographique universel, unir des histoires disparates en un voyage mystérieux que l'on a envie et, surtout, qu'il faut voir d'une traite !