
Apple TV+ a livré avec la série «Vol détourné» un manuel sur la façon de créer un projet aussi neutre que possible en période de situation géopolitique complexe, et tout simplement un produit de qualité.
Au centre de l'intrigue de la série «Vol détourné» (Hijack) se trouve un négociateur nommé Sam (Idris Elba), qui se retrouve à bord d'un avion Dubai-Londres détourné par un groupe d'inconnus. Le principal objectif de Sam est de rentrer chez lui. Il engage donc un dialogue risqué avec les preneurs d'otages (personne ne les appelle terroristes) et tente de résoudre la situation.
Vous sentez une odeur de naphtaline ? Un thriller hermétique classique (espace clos, nulle part où fuir), des méchants tout aussi classiques (ils crient fort, menacent avec des armes, mais sont-ils vraiment méchants ?!), un héros courageux classique qui va sauver tout le monde (un bon gars sympa à qui il ne manque qu'un cure-dent pour compléter le tableau), et enfin des incompréhensions classiques sur ce que le gouvernement doit faire de tout cela.
On pourrait penser que nous avons déjà vu des centaines de films similaires (et les séries sur les problèmes à bord d'un avion ne sont pas rares). Mais un schéma éprouvé reste éprouvé parce qu'il fonctionne. Avec quelques réserves, bien sûr.
Premièrement, le personnage principal doit être charismatique. Assez pour qu'on croie en sa force de persuasion et qu'on veuille suivre ses actions non triviales et ses décisions inattendues. Cochez cette case. Il n'y a guère de héros de film d'action plus approprié, à la fois convaincant sur le plan de l'intelligence et du charisme, qu'Idris Elba. Son magnétisme et son charme naturels servent l'histoire de la meilleure façon – on comprend parfaitement pourquoi les criminels comme les passagers ordinaires lui font confiance.
Deuxièmement, l'élément clé de ce genre d'histoires est la tension. Et là aussi, on coche la case. La série «Vol détourné» compte 7 épisodes – une heure pour chaque heure du vol de sept heures entre Dubaï et Londres. Cela crée l'impression que les événements se déroulent en temps réel. Les créateurs utilisent habilement les cliffhangers entre les épisodes, et à l'intérieur de ceux-ci, ils construisent une mosaïque de pièces très diverses – conflits entre passagers, tentatives de l'équipage de changer la situation, contradictions parmi les preneurs d'otages eux-mêmes, analyse de l'incident au sol par des efforts internationaux. Tout cela est tout simplement captivant à suivre, et les épisodes d'une heure passent presque inaperçus.
Et troisièmement, un facteur qui ruine souvent de bonnes idées – la politique et les tentatives de réalisme. Dans «Vol détourné», ils ont miraculeusement réussi à aplanir les angles dans les deux domaines. Comme je l'ai déjà noté, personne ne parle ouvertement de terrorisme, les conflits politiques internationaux ne sont en aucun cas mis en lumière (bien que tous les prérequis soient présents). Et quant au réalisme, il n'y a pas à en parler – il y a une scène où les héros à bord de l'avion communiquent via un jeu vidéo !
Les créateurs ont misé sur l'adrénaline pure. Pas de complots d'espionnage alambiqués, pas d'accumulation de sous-textes de propagande (ils l'auraient été de toute façon). Juste un avion, un conflit tendu entre des personnes enfermées dans un même espace, et le charisme d'Elba. C'est sur ces trois piliers que repose «Vol détourné», et il tient si bien que d'autres œuvres du genre aimeraient atteindre un tel niveau de maîtrise malgré le caractère absolument secondaire du matériau.
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