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Les oranges rouges – oranges sanguines – sont considérées comme l’équivalent sucré des oranges ordinaires, mais Jean-Christophe Meurisse dans le film « Oranges sanguines » n’a pas l’intention de plaire au spectateur. Son supplice est plus raffiné que...

Un couple marié criblé de dettes, un ministre fraudeur fiscal, une adolescente qui bouscule les normes de genre : les personnages du film « Oranges sanguines » vivent au bord de l’hystérie. Des retraités désespérés participent à un concours de danse pour régler leurs problèmes d’argent ; un fonctionnaire hypocrite cherche à réduire les allocations et à dissimuler les traces de sa fraude financière, tout en donnant des interviews sur les valeurs familiales et en ne dédaignant pas les soirées sexuelles ; une jeune fille modeste, malgré les conseils de son avocat, s’efforce de révéler au tribunal la vérité sur sa vendetta.

On pourrait penser que chacun d’eux est, dans une certaine mesure, une victime du système, mais dès que tombe le crépuscule des monstres, quand « le vieux monde se meurt et que le nouveau a du mal à naître », nous découvrons les vrais visages des héros, défigurés par la vanité, le cynisme et l’égoïsme.

Oranges sanguines regarder

Après une transition épiphanique, la cruauté — intérieure, cachée, invisible — jaillit avec défi vers l’extérieur. Ainsi, la tension subtile de la première moitié du film augmente brusquement dans la seconde : ce n’est pas simplement une comédie noire, c’est l’essence noire de la société, exposée sous une lumière sombre mais pourtant convaincante.

Avec quelques réserves, on peut tout à fait comparer les événements de la nuit fatidique dans le film « Oranges sanguines » aux œuvres absurdes de Quentin Dupieux et à l’attrait pour la violence et la futurologie sociale de Michael Haneke, mais il semble que la plus grande influence sur Meurisse ait été exercée par « Les Nouveaux Sauvages » de Damián Szifron. À la manière de Szifron, Meurisse explore le côté obscur de la nature humaine et réfléchit à la misère morale de la société à travers les arcs de ses personnages pervers. Le résultat est moins élégant que la comédie noire argento-espagnole — la décision de croiser et de mener les nouvelles en parallèle plutôt que de manière séquentielle entraîne des sauts inégaux et prive le film de sa cohérence — mais tout aussi fou.

Messer, humilier, régner : « Oranges sanguines » de Jean-Christophe Meurisse

Dans son deuxième long métrage, Meurisse n’a pas peur de mélanger les genres : du commentaire social avec une représentation allégorique des problèmes de la France contemporaine, à une satire franche des mécanismes du pouvoir, il passe à des poussées de violence choquantes renvoyant au cinéma d’exploitation, puis, d’un geste, il ouvre les plaies de la politique libérale à travers des réflexions sur le capitalisme, l’identité nationale, la classification et la stratification sociales, la spéculation d’entreprise, la misogynie et l’indifférence.

Certains rangeront « Oranges sanguines » dans la catégorie provocatrice et suffisante du cinéma « extrême » et le reprocheront à son exhibitionnisme, d’autres pointeront une formule prévisible et noteront la superficialité de l’intrigue, tandis que certains n’apprécieront pas la provocation directe et la conclusion précipitée, mais il est impossible de reprocher à Meurisse un manque d’émotivité.

Comme des pensées obsessionnelles, on revit encore et encore les scènes du film dans sa tête, cherchant à apaiser l’horreur déchaînée provoquée par les égoïstes de ce monde, auxquels on s’identifie soi-même. Bref, ce qu’il faut pour la programmation Midnight Screenings de Cannes. Que les ténèbres viennent !