
Sur la plateforme Peacock est sorti « Sick », un slasher covidé écrit par Kevin Williamson, l’homme qui a inventé le film « Scream ». On analyse ce que Williamson nous crie, pourquoi son nouveau film est la meilleure déclaration sur l’ère de la pandé...
« Sick » commence par une visite au supermarché d’un héros qui sera tué cinq minutes plus tard. Pourquoi et comment – inconnu, on ne sait pas non plus de qui il reçoit un SMS avec un texte que, dans les années 90, une voix sinistre récitait avec emphase lors d’un appel anonyme : « Tu vas à la fête ? », « As-tu fait ton test Covid ? ». Le concept des appels flippants est né bien avant les années 90 – il y avait par exemple le merveilleux film « Black Christmas » – mais c’est le scénariste Kevin Williamson qui, dans le génial prologue du premier « Scream », l’a porté à la perfection. En 2023, les appels ont inévitablement évolué en SMS flippants (parce qu’appeler les zoomers, c’est vraiment trop effrayant), mais l’essence reste la même : la mort est en ligne, l’abonné, s’il n’est pas mort, le sera bientôt.
Après un prologue non dénué d’élégance, l’action principale commence : deux étudiantes, l’une intelligente, l’autre riche, décident de passer le confinement dans la maison de campagne de la plus riche. Parker (Gideon Adlon) – propriétaire du manoir – ne se soucie pas trop du Covid qui fait rage autour (tout se passe en avril 2020) et, horreur, avant de s’isoler avec son amie, elle n’a même pas fait de test. La deuxième fille – Miri (Bethlehem Million) – est un peu plus socialement responsable, intelligente, et soupire périodiquement quand son amie profite sans vergogne de sa popularité. Le fait est que Parker sort avec un garçon, s’amuse avec un autre aux fêtes, appelle cela des relations libres et, en général, dans n’importe quel slasher des années 80, elle serait morte la première.
Mais les temps ont changé, et c’est en quelque sorte le sujet du film, où les lieux classiques des horreurs adolescentes, ses tropes et ses méthodes de meurtre, plutôt que de trouver une nouvelle résonance, perdent leur ancienne. Ici, on cite presque plan par plan différentes parties de « Vendredi » (on voudrait confier au réalisateur Hyams un nouveau film sur Jason – il ne décevrait pas) : les querelles des quatrième et cinquième volets, quelques blagues métatextuelles dans l’esprit de « Scream » et du sixième « Vendredi » (sans lequel, on le sait, « Scream » n’aurait pas existé) et, bien sûr, un final grandiose tout droit sorti du premier film. Mais, malgré l’abondance de citations, l’insouciance de l’épopée de Jason Voorhees, cet homme et ce bateau, ne se fait pas sentir du tout – le monde autour s’est étrangement et soudainement assombri, le diable s’en mêle non seulement le vendredi 13, mais aussi les autres jours.
Et si dans les années 80, on avait encore de la peine pour quelques adolescents stupides, maintenant on n’a plus pitié de personne ; si dans les années 90, on arrivait à la maison de campagne en grand groupe, maintenant on a peur du moindre bruit – même à trois, c’est trop. Seul l’élément principal de l’intrigue n’a pas changé : les meurtres sont toujours cette vengeance disproportionnée dans sa violence pour l’inévitable, une tentative de rivaliser en létalité avec le destin.
Sans révéler l’identité du tueur (ici, comme dans « Scream », c’est une partie importante du mystère), notons que les gens portent un masque dans ces films toujours pour une raison. Le traumatisme originel du slasher – la disproportion entre le massacre et sa cause – apparaît ici non pas comme une variation de la tragédie de la vengeance (et certaines intrigues de slashers, comme on le sait, feraient pâlir les Jacobins – « The Strangers », par exemple), mais comme une métaphore de l’épidémie de coronavirus. Les meurtres, cependant, semblent être non seulement une métaphore, mais aussi une forme intéressante de poser la question : les psychopathes peuvent-ils encore nous effrayer comme avant, alors qu’autour de nous règne un mal bien plus invulnérable ? Notre humanisme a-t-il tant souffert que le bain de sang de « Sick » semble une erreur statistique à l’ère de la pandémie ? Les questions, typiquement, restent sans réponse, mais il serait naïf d’en exiger maintenant, d’autant plus d’un slasher.
Bien sûr, « Sick » est un spectacle sans prétention : certains maîtres réalisent cela les yeux fermés, et certains spectateurs regardent les yeux fermés. Mais dans ses gros plans de visages légèrement sans émotion, dans son scénario intelligent et dans l’inévitabilité qui transparaît à travers un happy end conventionnel, il y a quand même quelque chose pour lequel on peut ouvrir les yeux. Au moins pour discerner dans ce massacre insensé un portrait de l’époque.
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