Preview image

Nous vous disons s'il vaut la peine de perdre du temps avec le film «Attaque sur Rio Bravo», le nouveau bébé du tout-puissant (selon lui) Alexandre Nevski.

La semaine dernière, sur divers sites internet liés au cinéma, des nouvelles du nouveau film «Attaque sur Rio Bravo» refaisaient surface : tantôt le film grimpait soudainement dans le top de «KinoPoisk», tantôt sa note était remise à zéro, tantôt l'acteur principal et producteur du film Alexandre Nevski se plaignait que lui et son collègue James Cameron étaient victimes de pirates russes. Mais ce film mérite-t-il une telle attention ? Ou s'agit-il d'une énième production de bas étage, donnant simplement prétexte à d'autres pour rivaliser d'esprit, et dont tout le monde aura oublié dans quelques semaines ?

Alexandre Nevski

Le grand-prince Alexandre Nevski a jadis remporté la bataille sur la glace. Son homonyme autoproclamé, qui a pris ce pseudonyme retentissant et possède une collection de titres tout aussi sonores, a décidé de remporter une bataille dans le Far West. Mais le spectateur ordinaire gagnera-t-il à cette entreprise du bodybuilder-artisan infatigable ? La réponse est claire : ce film est une excellente occasion de passer agréablement 80 minutes de sa vie, simplement en refusant de le regarder. 

Les films avec Alexandre Nevski sont depuis longtemps synonymes de mauvais cinéma. Si le poète médiéval, auteur de la «Divine Comédie», Dante Alighieri, vivait à notre époque et s'intéressait un tant soit peu au cinéma, il y aurait sans doute dans sa nouvelle version de l'enfer un cercle où les pécheurs (disons, les farceurs qui gonflent la note de films indignes) regarderaient en boucle les œuvres immortelles de Nevski. Ce ne serait certes pas dans les derniers cercles de l'enfer, où Uwe Boll et Sarik Andreassian ont déjà leurs places réservées, mais ce châtiment mériterait bien le sixième cercle. Cependant, connaissant la vanité de M. Nevski, il organiserait probablement son propre enfer, où il s'attribuerait tous les cercles et tous les titres possibles, de «Meilleur démon du mois» à «M. Lucifer de l'univers». Mais… et si son nouveau film «Attaque sur Rio Bravo» n'était pas si mauvais ?

À première vue, tourner un western avec un petit budget est une bonne idée. Un scénario avec un nombre limité de personnages, des décors ne nécessitant pas de gros investissements, et peu de dépenses en costumes, donc la majeure partie du budget peut être consacrée à l'écriture de ce scénario, à ajouter un peu d'argent au réalisateur pour qu'il ne bâcle pas son travail, et avec la monnaie, suivre des cours de perfectionnement en art dramatique. Mais dès le premier point, le plan échoue. 

Les derniers films avec Nevski représentaient des tentatives de reproduire le succès d'«Expendables» de Sylvester Stallone, mais au lieu des stars oubliées des films d'action de catégorie A, Alexandre prenait des stars de catégorie B et inférieure. Ici, parmi les habitués de notre talent russe, il ne reste que Olivier Gruner et Matthias Hues, dont les noms ne diront probablement rien au spectateur moyen. L'équilibre dans le jeu d'acteur, pardon, est totalement absent – certains acteurs en font trop, d'autres pas assez, et ceux qui essaient de faire quelque chose d'acceptable dans ce film doivent s'abaisser au niveau de leurs collègues.

Attaque sur Rio Bravo film

Le scénario d'«Attaque sur Rio Bravo» ne brille pas par son originalité – mais ce n'est pas nécessaire (d'autant que le film est un remake). Déjà par le titre (le mot «Attaque» du titre anglophone a d'ailleurs été retiré au dernier moment, remplacé par «Fusillade»), on voit une référence au culte «Assaut sur le commissariat 13» de John Carpenter, où une foule de tueurs armés prend d'assaut un commissariat pour tenter d'atteindre leur chef.

Ici, le bâtiment est remplacé par une petite ville de la fin du XIXe siècle, pour le reste l'intrigue reste inchangée – un bandit notoire est amené dans la localité et sa nombreuse bande prend d'assaut la ville pour libérer leur précieux leader, et un héros courageux se dresse sur leur chemin. Cependant, cela ne se produit que dans les 15 dernières minutes du film.

Le reste du temps, «Attaque sur Rio Bravo» est consacré à de rares fusillades au ralenti et à des dialogues pompeux et insensés, qui feraient hurler une personne normale comme un suricate sauvage. On pourrait supposer que les auteurs se sont inspirés du western classique «Le train sifflera trois fois», en prenant son modèle lent pour développer leur propre intrigue, mais ces suppositions ne sont étayées par aucune preuve. 

Attaque sur Rio Bravo 2023

L'ampleur ne se fait pas non plus sentir : toute une foule de bandits tourne en rond autour de cinq maisons, qui constituent tout le décor – cela semble assez étrange, bien que cette expression doive être appliquée à l'ensemble du film. Et on n'a pas besoin d'être expert en mode de l'époque pour comprendre que les vêtements des personnages semblent clairement inauthentiques et, parfois, ont des couleurs si vives que même les coloristes des «Dix-sept moments du printemps» les envierait. 

Ce qu'il y a de mieux dans le film, pour lequel on veut remercier les auteurs, c'est sa durée. Toute cette bacchanale de cow-boys ne dure qu'une heure et 20 minutes, les cinq dernières minutes étant les plus intéressantes et instructives pour le spectateur ; on peut gagner du temps en avançant le film jusqu'aux crédits de fin et simplement écouter l'histoire du véritable prototype du héros – un officier russe immigré qui a participé activement à la guerre de Sécession. Et ensuite, apprécier la tentative de transformer ce film en film d'horreur – sur le dernier slide, il est dit que le héros de Nevski reviendra dans une suite, et une telle nouvelle effraierait même le spectateur le plus endurci.