
François Ozon, dans le film « Tout s’est bien passé », réfléchit à l’inévitabilité de la mort, aux vicissitudes de l’amour qui n’a parfois aucune explication logique, et à la nature contradictoire de l’euthanasie.
Le 20 janvier, A-One sort en salles en Russie « Tout s’est bien passé », un nouveau film très personnel du maître français François Ozon. Le projet est basé sur le livre de son amie et collègue Emmanuèle Bernheim, disparue il y a quelques années, sur l’euthanasie de son père, le célèbre collectionneur André Bernheim. Le Français a tenté d’adapter cette histoire avec toute la délicatesse, l’intimité et le respect nécessaires.
En finir avec ça
Le quotidien de deux sœurs françaises — l’écrivaine Emmanuèle (Sophie Marceau) et la musicienne Pascale (Géraldine Pailhas) — est bouleversé lorsque leur père (André Dussollier) est victime d’un AVC. Partiellement paralysé, l’homme nécessite beaucoup de soins et d’attention. Et les filles, malgré les anciens différends avec leur père, sont prêtes à lui offrir cela. Mais quand il leur demande l’euthanasie, elles doivent faire le choix le plus difficile de leur vie.
François Ozon, qui a depuis plusieurs années changé le cap de sa carrière, passant de films provocateurs remplis non seulement d’outrance mais aussi d’humour noir, à des films plus quotidiens et domestiques, semble avoir trouvé, avec son troisième long-métrage dans ce nouveau registre, un équilibre entre texture et contenu, sans attirer toute l’attention sur les fioritures extérieures.
Il parle de sujets complexes avec aisance, habileté et sans gêne, et laisse aux acteurs l’espace pour montrer leurs propres intonations. Sophie Marceau, peut-être la seule des divas du cinéma français avec qui Ozon n’avait pas encore travaillé, en profite merveilleusement, tout comme André Dussollier, qui s’est plongé de manière saisissante dans le caractère de son personnage, et Charlotte Rampling, qui n’apparaît que dans deux ou trois scènes en tant qu’épouse d’André, mais comme toujours vole brillamment ces épisodes aux personnages principaux.
Un optimisme discret
Dans le film « Tout s’est bien passé », on ne redécouvre pas l’Amérique — nous allons tous mourir. Ce processus peut être effrayant, douloureux, imprévisible, dépourvu de beauté et de glamour. Mais notre relation à la mort, nous la façonnons nous-mêmes. Et André, cloué au lit et contraint de subir des soins d’hygiène humiliants pour son statut, ne perd pas son amour de la vie, même face à la mort. Bien plus, il veut quitter la vie avec élégance (impérativement au son des sonates de Brahms) en grande partie parce qu’il l’aime. Et il n’imagine pas une existence incomplète — sans voyages, sans aller au concert de son petit-fils et sans tout ce qui donne un sens à sa vie.
Cet optimisme discret se retrouve tout au long du film « Tout s’est bien passé ». Il se révèle particulièrement dans les rares plaisanteries d’André, qui frappent juste, et dans l’évolution progressive du rapport à la mort du personnage de Sophie Marceau, qui agit comme une sorte de productrice du suicide. Cette approche de l’histoire, cette atmosphère aident à percevoir plus facilement un sujet assez lourd (surtout pour ceux qui ont vécu une situation similaire).
Quant à l’euthanasie elle-même, en tant que thème central, Ozon n’en tire pas de conclusions moralisatrices. Il n’y a ici ni condamnation ouverte ni glorification de ce phénomène, pourtant interdit en France. Pour lui, l’euthanasie dans cette histoire est plutôt un catalyseur de l’expression de l’amour. Y compris de l’amour illogique d’une fille pour son père, qu’elle a autrefois voulu tuer, le considérant comme un tyran insupportable.
Faut-il voir « Tout s’est bien passé » ?
« Tout s’est bien passé » n’est pas de ces films que l’on recommande à la légère, mais il peut devenir crucial pour forger sa propre attitude face aux questions de la mort et surtout de la vie. C’est un film résolument porté par les acteurs, construit sur une interaction maîtrisée des personnages, qui n’ont même pas besoin de grands mots ou de dialogues alambiqués pour exprimer sentiments et émotions. C’est un film qu’il faut voir et vivre pour, dans une certaine mesure, mieux se connaître soi-même et se préparer à l’inévitable.
Au cinéma à partir du 20 janvier.
Bande-annonce :
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