
Le film « Compartiment n°6 » a remporté le Grand Prix à Cannes, il met en scène Youra Borissov et des pétroglyphes, mais aucune originalité. Est-ce un mal ? Tout dépend comment on voit les choses.
Sur la chanson Voyage, voyage de Claudie Fritsch-Mentrop, plus connue sous le nom de Desireless, avec en toile de fond la bohème moscovite des années 90 et des questions sur Pelevine, nous faisons la connaissance de l'héroïne principale, Laura (Seidi Haarla). On sent immédiatement qu'elle, étudiante passionnée de pétroglyphes, n'est pas de ce monde, même si elle est amoureuse d'Irina, l'une des fêtardes (jouée par Dinara Droukarova, qui a travaillé avec Balabanov). Et où se trouve donc ce monde de Laura ? C'est la réponse à cette question que nous chercherons, avec l'héroïne, tout au long d'un long voyage en train de Moscou à Mourmansk.
Un compagnon de voyage pas comme les autres
Laura monte dans le train pour Mourmansk afin de voir les pétroglyphes de Kanozero. Connaître l'histoire est important. Car si nous ignorons le passé et qui nous sommes, où allons-nous ?!
Cette fameuse Irina devait lui tenir compagnie, mais, prétextant des affaires, la Moscovite envoie l'étudiante finlandaise voyager seule. Laura ne s'ennuie pourtant pas : elle partage son compartiment avec un rustre nommé Lyokha (Youra Borissov). Selon ses dires, il va « au bout du monde » pour gagner de l'argent et ensuite ouvrir un business. Enfin, un business. Il prévoit de faire de l'argent. Comme tout le monde.
Dans Lyokha, le réalisateur de « Compartiment n°6 », Juho Kuosmanen, a rassemblé, semble-t-il, tous les stéréotypes du simple homme russe :
- il boit sans cesse l'alcool emblématique de l'époque, le « Royal », en grignotant des cornichons salés ;
- il se comporte de manière familière même avec des inconnus ;
- il se hérisse et regarde avec méfiance les étrangers plus éduqués ;
- sous une apparence rude, il cache une grande âme, et masque sa vulnérabilité par des blagues stupides.
Tout chez Lyokha indique qu'il n'est pas à la hauteur de Laura. Même le mot « pétroglyphes » lui vient difficilement. Et, à moitié en plaisantant, à moitié sérieusement, dans l'un des épisodes les plus emblématiques du film, il les compare à Jack et Rose de « Titanic ». Sa comparaison, bien sûr, n'implique pas les parallèles que le spectateur y verra. Et il ne s'agit même pas de l'éternelle inégalité des classes, mais du fait que c'est Lyokha qui devient le catalyseur du changement de vision du monde de la jeune fille. Comme Jack, il n'est pas destiné à rester avec Rose. Mais, comme Jack, il change radicalement la vie de sa Rose. Car souvent, pour se comprendre soi-même, on a besoin de quelqu'un de l'extérieur. Quelqu'un d'un tout autre monde.
Quel est le rapport avec Tchekhov ?
« Compartiment n°6 » ne s'appelle pas ainsi par hasard. Le film est adapté du roman éponyme de Rosa Liksom, qui, dans son œuvre, rendait un hommage non équivoque à la célèbre nouvelle d'Anton Pavlovitch Tchekhov.
V. Golossov écrivait à propos de la « Salle n°6 » de Tchekhov :
Simplicité, élégance et force du langage, éclat et vivacité des couleurs, respect d'une stricte causalité des événements, réalisme profond de la psychologie des héros et proportionnalité, harmonie de la construction des parties, tenue de la perspective intérieure.
Et ces caractéristiques sont en grande partie inhérentes au film « Compartiment n°6 ». Ce road movie n'est en rien une question d'originalité, d'imprévisibilité ou de révélations. Non. Mais l'œuvre de Kuosmanen accroche. On ne peut s'empêcher d'être touché par la simplicité de ses héros. Il est difficile de ne pas apprécier à sa juste valeur le réalisme de leur psychologie. L'harmonie dans l'histoire et son cadre extérieur absorbe complètement.
À propos de ce dernier point. « Compartiment n°6 » est atmosphérique jusqu'au bout des doigts. Et il ne s'agit même pas du fait que les événements se déroulent dans des décors qui nous sont familiers, mais de la manière dont le directeur de la photographie et le chef décorateur travaillent avec la lumière, le cadre et son contenu. À certains moments, ma foi, on a l'impression que même les odeurs parviennent à notre odorat, et dans les scènes dans la région de Mourmansk, quand les flocons de neige semblent littéralement vouloir traverser l'écran, la peau se couvre de frissons. Cela prouve une fois de plus que l'effet de présence peut être obtenu sans formats ni technologies à la mode.
Faut-il regarder le film « Compartiment n°6 » ?
Le film « Compartiment n°6 » a remporté la deuxième récompense la plus importante du Festival de Cannes — le Grand Prix du jury (Kuosmanen a partagé ce prix avec Asghar Farhadi et son film). C'est une grande réussite tant pour le cinéma finlandais que pour le cinéma russe, qui sont responsables de la création du projet.
Nous continuons à couvrir les événements du principal festival de cinéma biélorusse. Le deuxième jour a élargi la « géographie » du concours principal, offrant trois nouveaux films.
Open materialMais pour le spectateur lambda, de telles distinctions peuvent orienter vers un tout autre cinéma. Inaccessible, bohème, avec un seuil d'entrée élevé. En réalité, « Compartiment n°6 » est un cinéma pour le public. On dit couramment de tels films qu'ils sont « chaleureux ». C'est peut-être dans cette simplicité que réside le succès du film à Cannes. Il n'est pas toujours nécessaire de décerner des prix à des films destinés aux critiques à l'esprit élevé. On peut parfois, pour changer, récompenser aussi un cinéma pour le grand public.
Pour résumer, « Compartiment n°6 » plaira à ceux qui ont soif d'un cinéma simple, où les personnages sont primordiaux, où l'histoire ne frappe pas l'imagination mais laisse une agréable sensation, malgré la facture peu reluisante des années 90 pour beaucoup. Un tel cinéma est aujourd'hui rare, d'où sa valeur.
Bande-annonce :
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