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«Le Serpent» n'est pas seulement une bonne série, c'est l'une des meilleures séries de l'année à ce jour.

Les histoires réelles choquantes sont très souvent adaptées en films et séries, mais tout aussi souvent, elles tombent soit dans une narration stérile des événements, soit dans une émotivité et des leçons de morale excessives. «Le Serpent» (The Serpent) de BBC One et Netflix est à cet égard une agréable exception : c'est une représentation très cinématographique de la vie du voleur, escroc et meurtrier Charles Sobhraj, qui a sévi en Asie du Sud-Est dans les années 70. Il est intéressant à regarder à la fois comme une œuvre biographique et comme un thriller indépendant sur un criminel fascinant, tissant habilement des intrigues et trompant adroitement ses victimes et la police.

Un détective atypique

Herman Knippenberg (Billy Howle) travaille au consulat néerlandais en Thaïlande lorsqu'il apprend par hasard la disparition de deux de ses compatriotes. Malgré l'indifférence de sa hiérarchie et l'absence de coopération de la police locale, il entame sa propre enquête et découvre assez rapidement qu'un certain Alain Gautier (Tahar Rahim), un mystérieux marchand de pierres précieuses, pourrait être impliqué dans la disparition des jeunes gens. Et ces victimes pourraient être loin d'être les seules...

Série Le Serpent

La première chose qui attire dans «Le Serpent», c'est le protagoniste inhabituel. Ce n'est pas un détective aguerri, fatigué de la vie, qui poursuit un maniaque. Ce n'est pas un jeune policier ambitieux qui veut se faire un nom en capturant un criminel célèbre. Il n'a même aucun compte personnel à régler avec le présumé meurtrier. Il est simplement quelqu'un qui ne reste pas indifférent au sort de ses compatriotes. C'est quelqu'un qui est prêt à prendre ses responsabilités et à risquer sa carrière pour découvrir la vérité, la communiquer aux familles des disparus et être en paix avec sa conscience.

Comme Knippenberg n'est en aucun cas un détective, il fait souvent des erreurs, ne remarque pas certaines choses évidentes qui pourraient l'aider dans son enquête, et agit souvent plutôt par intuition. Néanmoins, il est très intelligent et obstiné, ce qui compense son manque d'expérience dans les affaires policières. Tout cela rend le personnage très vivant, compréhensible et convaincant, et permet de ressentir une sympathie sincère pour lui. Et Billy Howle fait un travail assez remarquable, sans susciter aucune critique.

Un antagoniste phénoménal

Mais, aussi génial que soit le protagoniste de la série, il n'est pas le personnage principal ici. La série «Le Serpent» est un véritable triomphe pour Tahar Rahim, qui a conquis le public européen avec le film «Un prophète» et a déjà obtenu une nomination aux Golden Globes pour «Le Mauritanien». Sa version de Charles Sobhraj est un véritable salaud, à la fois fascinant et doté d'une force hypnotique, et repoussant par sa nature sombre. Il peut convaincre n'importe quel interlocuteur de son bon droit. Il peut soumettre n'importe qui à sa volonté. Son seul regard donne la chair de poule, même s'il ne retire pas ses lunettes de soleil. Il peut sourire gentiment aux jeunes filles et discuter politique avec les hommes, puis éliminer froidement ses victimes sans que son regard ne change.

Ce qui rend le héros, ou plutôt l'anti-héros, remarquable, c'est le fait qu'il ne tue pas pour le plaisir ni à cause de troubles mentaux. Pour lui, la tromperie, l'escroquerie, les meurtres et autres crimes ne sont que des outils pour atteindre ce qu'il veut et un moyen de s'enrichir. Pour cette raison, il fait plus peur que n'importe quel tueur assoiffé de sang des thrillers typiques.

Le Serpent The Serpent

Face à Rahim, même Jenna Coleman a pâli, elle qui livre dans cette série l'une des meilleures performances de sa carrière. Ici, elle a eu pour tâche d'incarner une victime de relations abusives, une jeune fille amoureuse qui ferme les yeux sur les actions de son bien-aimé au nom d'un avenir incertain. L'actrice a livré plusieurs épisodes vraiment puissants, en particulier dans les moments de doute de son personnage sur la justesse de ses propres actes.

Non-linéarité et rythme de narration inégal

«Le Serpent» essaie littéralement de dérouter le spectateur à chaque minute, le projetant tantôt dans le présent, tantôt dans des flashbacks récents. Tantôt il raconte l'histoire des personnages principaux, tantôt il se concentre sur des personnages secondaires. Et au début, cette approche non linéaire irrite ajoute du dynamisme à la série, et transforme chaque victime de Sobhraj en une véritable personnalité, et non en un simple mannequin destiné à démontrer les capacités de l'antagoniste. Cependant, les auteurs n'ont pas réussi à maintenir le rythme de narration imposé au début jusqu'à la fin, et un peu après le milieu de la saison, on ressent un sérieux relâchement dans le rythme.

The Serpent: The True Story of Charles Sobhraj | POPSUGAR Entertainment

Mais si la série «Le Serpent» a quelques problèmes de dynamique, en revanche, l'atmosphère envoûtante et oppressante de l'Asie du Sud-Est à l'époque de la Route des hippies est parfaitement maîtrisée par le show. La chaleur presque palpable sur la peau, les lieux de rassemblement pittoresques des voyageurs du monde entier, les canaux étroits de Bangkok – tout cela contribue à l'immersion dans l'histoire racontée à l'écran.

Faut-il regarder la série «Le Serpent» ?

«Le Serpent» est un thriller solide et atmosphérique sur un tueur en série réel, qui peut se vanter d'une performance d'acteur exceptionnelle et de plusieurs autres de bonne facture. Recommandé à tous les amateurs du genre et aux fans personnels de Tahar Rahim, dont le nombre pourrait augmenter plusieurs fois après ce projet.

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