
Après la première du film de David Fincher « Mank », la question du meilleur film de l’année reste ouverte.
À première vue, le nouveau film de David Fincher, « Mank », sorti le 4 décembre sur Netflix, pourrait sembler être le candidat tant attendu au titre de « film de l’année ».
On y trouve un aspect technique parfaitement maîtrisé, avec une reconstitution minutieuse de l’Amérique des années 30 et une stylisation du cinéma hollywoodien d’avant-guerre, jusque dans la conception sonore et la bande originale vintage.
Il y a un Gary Oldman impeccable (il ne sait pas faire autrement) et un bon casting secondaire : de la charmante Lily Collins au puissant Charles Dance.
Au centre de l’intrigue, la personnalité hors du commun du scénariste Herman Mankiewicz et un épisode historique controversé lié à la création de l’un des plus grands films d’Hollywood, « Citizen Kane », ce qui suscite a priori l’intérêt.
Néanmoins, « Mank » soulève des questions qui empêchent de le considérer sans réserve comme une réussite de Fincher et de Netflix.
Trop de questions

David Fincher pense-t-il vraiment que les spectateurs modernes ont envie de se plonger dans les péripéties de l’élection du gouverneur de Californie en 1934 ?
Pour qui ou pour quoi y a-t-il autant de name-dropping effréné et interminable dans « Mank », effrayant même les cinéphiles ?
Pourquoi Orson Welles, 25 ans, est-il joué par Tom Burke, 39 ans, dont le principal fait d’armes est d’avoir participé à une adaptation inutile des livres de J.K. Rowling ?
Pourquoi avoir filmé exactement comme « Citizen Kane » ?
Pourquoi le film est-il si ennuyeux ?
« Mank » : un film qui ne suscite aucune émotion
Dans le nouveau film de David Fincher, il y a un épisode magnifique où le fondateur du studio MGM, Louis B. Mayer, explique au scénariste Herman Mankiewicz et à son frère Joseph comment il conçoit le cinéma :
Qu’est-ce qui me fait pleurer ? Les émotions. Où est-ce que je ressens des émotions ? Ici, ici et ici.
À ce moment, le personnage montre sa tête, son cœur et son entrejambe. Cette scène est magnifique en elle-même, car elle dresse parfaitement le portrait du célèbre magnat du cinéma, mais aussi parce qu’elle souligne très clairement la faiblesse de « Mank ». Malgré tout son vernis et son inventivité technique, « Mank » ne suscite aucune émotion. Absolument aucune.

Au lieu de miser sur une intrigue haletante autour des vifs débats sur l’auteur véritable de « Citizen Kane » — le cynique, ivrogne et génie incompris Herman Mankiewicz ou le « golden boy » d’Hollywood Orson Welles — David Fincher nous offre un joli mais franchement vain bibelot de deux heures. Une histoire qui n’apprend rien de nouveau sur la création d’un grand film, mais plonge le spectateur dans l’époque des années 30 de manière fastidieuse et confuse, et dresse un portrait trop peu nuancé d’un scénariste sulfureux.
Pâle copie. Original inimitable
En regardant « Mank », avec sa narration non linéaire et sa structure faite de flashbacks incessants, on ne peut s’empêcher de penser au célèbre mème internet sur la copie et l’original. David Fincher n’a pas seulement stylisé l’image de son film à la manière de « Citizen Kane », il a aussi construit l’intrigue et sa présentation dans l’esprit du film original. Pour ne pas « raconter la vie d’un homme en deux heures, mais laisser une impression de lui ».

Le problème de cette approche, c’est que le magnat de la presse Charles Foster Kane du film de Welles est un personnage archétypal, donc reconnaissable et compréhensible. On peut l’aimer ou le détester, mais il est intéressant à observer, notamment grâce à ce facteur de reconnaissance de certains traits ou comportements propres à ce type de personnes.
Le personnage de Mankiewicz dans la version de Fincher est bien plus complexe, mais en même temps nettement moins intéressant. Il ne peut tout simplement pas susciter de sympathie. Certes, le cinéaste se présente ici comme une sorte de lutteur contre la corruption, un dénonciateur de l’envers du succès, mais c’est criminellement insuffisant, et pour Fincher lui-même et son père, qui a écrit le scénario, ce n’est pas l’essentiel chez Mankiewicz. Les auteurs préfèrent parler du potentiel inexploité de leur héros, sans oublier que le Hollywood des années 30 est ici un personnage presque plus important que Mank lui-même.
La magie n’a pas opéré
Ne vous méprenez pas : « Mank » n’est pas un mauvais film. Il a de nombreuses qualités et trouvera sans doute ses admirateurs. Mais on a l’impression qu’il manque à ce film la magie que possédait par exemple « Once Upon a Time... in Hollywood » de Quentin Tarantino. « Mank », comme son personnage éponyme, n’exploite pas pleinement son potentiel, ne permet pas de s’imprégner des talents d’un génie incompris, ne laisse pas entrevoir suffisamment les coulisses de la création de « Citizen Kane » et reste douloureusement simple, superficiel et froid.
Bande-annonce :
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