
La série « Défendre Jacob » a-t-elle réussi à faire passer la plateforme Apple TV+ à un niveau supérieur ou s'agit-il d'un énième thriller passe-partout ?
En mai, la division d'Apple responsable de la production et de la diffusion de films et de séries a présenté un nouveau projet intitulé « Défendre Jacob » (Defending Jacob).
Cette mini-série a attiré l'attention grâce à un casting prestigieux mené par la star de l'univers cinématographique Marvel, Chris Evans. Les huit épisodes du show ont été réalisés par le Norvégien Morten Tyldum (« Imitation Game », « Headhunters »). Qu'est-il ressorti de cette expérience d'Apple TV+ ? Essayons d'analyser en détail les points forts et les points faibles de ce show indéniablement sympathique mais ambigu.
Sur les traces de Fincher
Au centre de l'histoire se trouve l'assistant du procureur en chef, Andy Barber (Chris Evans), qui est chargé de l'affaire du meurtre d'un adolescent local. Bientôt, Andy est écarté car le principal suspect du crime devient son fils Jacob (Jaeden Martell de « Ça »).
L'éminent avocat parviendra-t-il à découvrir la vérité ? Comment la famille Barber gérera-t-elle cette situation difficile et la pression sociale ? Les téléspectateurs découvriront les réponses à ces questions après 8 épisodes... ou pas.
L'influence du travail de David Fincher sur celui de Tyldum est perceptible dans tous les aspects, de la mise en scène des plans fixes dans les scènes de dialogue aux tentatives scénaristiques de dérouter le spectateur, qui jusqu'à la fin sera tourmenté par des suppositions sur ce qui s'est passé, en passant par l'atmosphère sombre générale et le travail minutieux sur les détails au service du réalisme. Que ce soit bien ou mal, c'est à chaque spectateur d'en décider, mais on ne peut pas ne pas le remarquer, tout comme on ne peut pas nier que Tyldum est encore très, très loin de Fincher.
Drame judiciaire ou polar ?
Tout au long de la saison, la série « Défendre Jacob » tente de ménager la chèvre et le chou, se faisant passer tantôt pour un drame judiciaire méticuleux (le projet est adapté d'un roman d'un ancien criminaliste), tantôt pour un polar complexe. De prime abord, l'histoire peut sembler bonne dans les deux directions, mais il suffit d'y regarder de plus près ou de commencer à poser des questions gênantes aux scénaristes pour comprendre que la série est loin d'être parfaite.
Malgré son intérêt général, en tant que polar, « Défendre Jacob » ne surprend pas, n'apporte pas un nouveau regard sur le genre, certains rebondissements semblent cousus de fil blanc, et l'enquête sur le crime lui-même est pratiquement absente de la série !
En tant que drame, la série d'Apple peut sembler extrêmement captivante. Elle aborde les problèmes de pères et de fils, de réprobation publique (même sans procès), met en lumière des moments aigus d'éthique et de doutes des parents sur leur propre progéniture, et pose la question implicite : « Jusqu'où peut-on aller pour la vérité ou pour la cacher ? ».
En même temps, il est difficile de fermer les yeux sur la lourdeur générale du personnage principal. Le problème ne vient clairement pas de Chris Evans, qui a déjà prouvé maintes fois sa valeur dans des registres très variés. Les scénaristes l'ont doté de quelques caractéristiques formelles (grand professionnalisme, parents problématiques), mais ont écrit son caractère de manière absolument floue, qui de plus ne change pratiquement pas au fil du temps.
On peut dire exactement la même chose du personnage de Jaeden Martell, qui a pourtant joué avec talent, mais là, on peut au moins l'attribuer aux particularités de l'adolescence (d'ailleurs, pour plus de vraisemblance du sentiment d'incertitude, les créateurs du show ont proposé à l'acteur de décider lui-même si son personnage était coupable ou non). De ce fait, toutes les allusions à une quelconque empathie reposent sur le personnage de Michelle Dockery (« Gentlemen »), qui agit plutôt comme un observateur que comme un moteur de l'intrigue.
Faut-il regarder la série « Défendre Jacob » ?
Les critiques formulées et une certaine perplexité que suscite la fin de la série de Morten Tyldum n'annulent pas le fait que ce travail mérite l'attention du public. Les épisodes sont véritablement bien réalisés et parfois fascinants, la musique procure un sentiment d'angoisse, et l'histoire multiforme, bien que non exempte de défauts, offre des possibilités d'interprétations diverses. De plus, si l'on considère l'intrigue de « Défendre Jacob » comme une histoire sur la façon dont la pression du système peut détruire une cellule individuelle de la société, on peut en tirer beaucoup plus de plaisir qu'en essayant d'y voir un polar cohérent.
Bande-annonce :
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