



Saccharine / Mange. Prie. Maigris.
Hana, étudiante en médecine, mange bien, dissèque des cadavres et se masturbe de temps en temps. Bref, elle vit sa meilleure vie. Elle jette aussi des regards humides à son instructrice de fitness, Alanya, mais n'ose pas aller plus loin : Alanya est trop chaude et trop musclée, et Hana aime trop les beignets à la confiture. Si seulement elle pouvait perdre une vingtaine de kilos, alors...
Un jour, dans un bar, Hana rencontre son ancienne camarade de classe Melissa, qui a visiblement maigri. Melissa lui donne immédiatement tous les codes : c'est grâce à un nouveau médicament magique, et elle partage même une capsule miracle avec son amie. Cette dernière, au lieu de la mettre sous la langue, la met dans un analyseur (elle est étudiante en médecine, vous vous souvenez ?) et fait une découverte fracassante : le médicament est à base de cendres de morts. Hana, au sens littéral, coupe quelques os d'un cadavre pas encore entièrement disséqué, les jette dans le four de crémation, et le générique est prêt. Tout chaud, pardon.
Non, ce n'est pas un spoiler : le twist sur les cendres humaines, les distributeurs du film le dévoilent avec le sang-froid d'un pathologiste directement dans le synopsis. Ainsi que le « retournement » sur le fait que Hana est hantée par l'esprit de la femme qu'elle est en train de manger petit à petit.
Le lecteur attend déjà la rime « The Substance », et c'est bien mérité. « Saccharine » (pardon, mais écrire à nouveau le titre localisé russe est au-dessus de mes forces) hérite dans son message du célèbre body-horror de Coralie Fargeat : les deux héroïnes ont un corps que le monde considère comme défectueux, et un remède miracle qui promet de corriger ce défaut. Les différences ne sont que dans les effets secondaires : chez l'une, une meilleure version d'elle-même sort de son dos ; chez l'autre, un fantôme affamé s'installe dans la cuisine. Le ministère de la Santé, comme d'habitude, n'a pas prévenu.
« Saccharine » semble au début encore plus subtil et intime. Ce n'est pas du body-horror, c'est plutôt du food-horror : la consommation de petits pains est filmée avec une haine si savoureuse, avec une telle honte et un tel dégoût de Hana envers elle-même, qu'on se réjouit des transitions vers les gros plans d'organes nécrosés comme d'une bouffée d'air.
Mais ensuite, les chemins divergent. « The Substance » parlait de l'âgisme, de la misogynie, de l'industrie de la beauté et du show-business qui transforme d'abord la femme en marchandise, puis la jette comme un produit périmé. « Saccharine » semble vouloir faire de même avec la culture des régimes, la grossophobie et l'ozempic, mais à un moment donné, il abandonne tout cela et bifurque vers une simple histoire d'esprit vengeur. La conversation complexe sur la faim, la honte et la haine de son propre corps est supplantée par une morale du genre : il ne faut pas manger les cendres d'inconnus, sinon leurs fantômes pourraient se vexer. Conseil utile, certes, mais on le savait déjà.
Maman, on peut avoir « The Substance » ? - On a « The Substance » à la maison. À en juger par les bruits venant de la cuisine, elle est encore en train de dévorer quelqu'un.
#jai_vu_un_film
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