Cependant, c'est précisément ici que les contradictions de l'économie pétrolière se sont manifestées le plus vivement. De nombreux Iraniens percevaient le contrôle d'une entreprise étrangère sur les ressources nationales comme une forme de dépendance économique. Autour de l'industrie pétrolière se sont formés des mouvements politiques exigeant un contrôle national sur les richesses pétrolières du pays, dont l'un des leaders fut Mohammad Mossadegh, futur Premier ministre de l'Iran. C'est lui qui a procédé à la nationalisation de l'industrie pétrolière iranienne en 1951. La nationalisation de la raffinerie d'Abadan est dédiée à la série de timbres du même nom, émise en 1953. N'entrons pas dans les causes et les conséquences de la nationalisation, car ce sera le sujet d'une de nos prochaines discussions, d'autant que le matériel philatélique de différents pays sur ce sujet est abondant.

Après la nationalisation, la gestion de tous les actifs pétroliers sur le territoire iranien a été transférée à une nouvelle structure étatique : la compagnie pétrolière nationale National Iranian Oil Company (NIOC). La nationalisation a immédiatement provoqué une grave crise internationale. Le Royaume-Uni, dont les intérêts étaient directement touchés, a imposé des mesures de pression économique contre l'Iran. Les spécialistes britanniques ont quitté Abadan et les entreprises étrangères ont refusé d'acheter du pétrole iranien. De plus, un boycott international de facto des livraisons de pétrole iranien a été instauré. En conséquence, l'industrie pétrolière du pays s'est retrouvée paralysée.

La raffinerie de pétrole d'Abadan s'est retrouvée au centre de cette crise. Malgré les tentatives des autorités iraniennes de poursuivre la production par leurs propres moyens, l'absence de techniciens spécialisés, de pièces de rechange et de marchés internationaux a rapidement rendu le fonctionnement de l'entreprise pratiquement impossible. En 1951, la production de la plus grande raffinerie du monde s'est pratiquement arrêtée. La ville, qui avait vécu pendant des décennies grâce à l'industrie pétrolière, s'est retrouvée en situation de déclin économique. De nombreux travailleurs ont perdu leur emploi, le commerce a diminué et les infrastructures, conçues pour un développement rapide de l'économie pétrolière, ont commencé à se dégrader.

Cet arrêt n'a pas seulement eu une signification économique, mais aussi politique. Abadan est devenu un symbole de la lutte de l'Iran pour le contrôle de ses ressources, mais aussi un exemple de la dépendance de l'économie nationale vis-à-vis du système pétrolier international. Le boycott du pétrole iranien a fortement réduit les recettes de l'État et accru les tensions politiques internes.